Malgré les idées reçues, nous autres Suisses ne baignons pas dans l’argent. Nos salaires sont comparativement plus élevés que dans le reste du monde, mais beaucoup oublient que le coût de la vie locale est adapté à ce privilège.

Ainsi, plusieurs moyens permettent aux citoyens de la classe moyenne de faire quelques précieuses économies sur leurs impôts, lorgnant avec haine et dégout les plus riches qui pratiquent la fraude fiscale en toute impunité.

Avoir un enfant provoque des coûts aux conséquences désastreuses pour un ménage déjà mis à mal, cependant les déductions fiscales permettent de partiellement colmater ce gouffre. Cet état de fait n’est hélas valable que pour les couples mariés, car tout autre statut civil n’est qu’injustice.

En cas de divorce par exemple, la garde d’un enfant peut être établie de deux manières: partagée ou alternée. En cas de garde alternée, l’autorité parentale est détenue par un seul parent, alors qu’en cas de garde partagée cette autorité parentale est exercée en commun.

On pourrait alors croire qu’en cas de garde partagée les frais sont équitablement divisés entre les deux parents, mais c’est malheureusement loin d’être le cas, et c’est majoritairement la même personne qui est dans chaque cas désavantagée.

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Deux jours. C’est approximativement le temps accordé en Suisse à un homme pour la naissance de son enfant.

Deux jours. C’est approximativement le temps que met une femme pour accoucher.

Le code des obligations helvétique ne mentionne même pas un quelconque congé paternité, voire parental. Les jours donnés sont ainsi laissés au bon vouloir des entreprises, qui déduisent même parfois les jours manqués du salaire de l’employé.

Un jour, deux jours, cinq jours, parfois plus dans de très rares cas, nous sommes loin des deux mois minimum accordés par exemple aux nouveaux pères suédois.

A peine le rejeton sorti du ventre de sa mère que l’heureux géniteur doit le quitter, le temps est compté et le travail n’attend pas. Un père n’a pas de sentiments pour son enfant, un mari n’aide pas sa femme récemment accouchée. Un homme doit travailler, ramener de l’argent à sa famille et à son pays, sans doute afin que le gouvernement puisse le gaspiller allègrement dans l’achat de nouveaux avions de combat inutiles, ou dans des projets informatiques foireux à 700 millions.

Mais au fond, comment peut-on être contre le congé paternité? Voire même l’excellent concept du congé parental des pays nordiques?

J’ai posé la question sur Twitter, sur Facebook, et glâné quelques réponses sur différents blogs. Les voici.

Tous les commentaires venant de Twitter sont parfois ironiques ou cités, tu éviteras donc de t’en prendre à leurs auteurs. Pour les plus sérieux d’entre-eux on retrouve la légendaire cause unique du pognon propre à la Suisse, qui avait d’ailleurs abouti au refus complètement débile des six semaines de vacances, ainsi qu’à l’autorisation immorale de poursuivre les exportations de matériel de guerre.

Un nourisson dort de toute façon 23h30 par jour.
(Entendu d’un élu PLR ou UDC au Parlement Vaudois, transcrit par Raphaël M.)

Le congé paternité n’est pas que pour s’occuper du nourrisson, mais également pour assurer une présence aux côtés de la mère. Un accouchement n’est pas aussi naturel qu’on voudrait le croire, c’est un acte violent qui nécessite plusieurs jours de repos et une aide continue.

L’appréciation selon laquelle un enfant a autant besoin de sa mère que de son père répond à des critères personnels hautement contestables.
(Entendu d’un élu PLR ou UDC au Parlement Vaudois, transcrit par Raphaël M.)

Un commentaire émis par les mêmes personnes qui s’opposent becs et ongles à l’adoption par les couples homosexuels, à grands coups de « un enfant à besoin d’un père et d’une mère » . Aucune cohérence, pour changer.

Cela constituerait un privilège de plus pour les employés de l’Etat.
(prononcé par la radicale Véronique H. après le refus de 20 jours de congé paternité pour les employés de l’Etat de Vaud)

Et alors? Les droits des fonctionnaires ont souvent été un exemple suivi ensuite par les entreprises, leur refuser le droit au congé paternité serait donc une simple affaire de jalousie?

Heureusement, on peut toujours compter sur son petit troupeau de twittos pour argumenter de manière efficace.

Si les hommes avaient des seins nourriciers, ça se saurait.
(@MlleFunambuline)

Si on part sur cette voie, un jour les gens réclameront un congé mater/paternité quand ils adopteront un chien/chat/koala.
(@SeriouslyFab)

De toute façon c’est la maman qui se tape tout le boulot, autant qu’elle continue (c’est pas comme si elle avait une vie à elle)
(@mlle_cassis)

Dans mon cas même si j’avais eu le choix j’aurais préféré que ce soit ma femme qui soit le plus longtemps en congé, parce qu’elle ne voulait pas utiliser le tire-lait et moi ça me faisait trop mal!
(@svonroth)

Les pères préfèrent se faire chier au boulot plutôt que de torcher leur gamin.
(@BrunetJohn)

Car je n’aurai plus d’excuse, quand bb hurle au milieu de la nuit, pour dormir et laisser à Mme le soin de tout faire.
(@souslapoussiere)

Clairement, et par expérience, on peut affirmer que la solution de facilité face à un nourrisson tyrannique est la fuite. Mais être un mâle viril et poilu implique également certaines responsabilités, dont celle de s’occuper de son enfant. Nous ne vivons plus dans des cavernes, les mâles n’ont plus besoin de chasser.

Un ami m’a dit l’autre jour: « Nous (les hommes) on ne doit pas créer un lien avec le bébé comme la maman et donc on a pas besoin de rester avec lui après sa naissance. »
(@OwcyVonSarace)

Qui a dit que nous les hommes ne devions pas créer de liens avec le bébé? Aucun texte même religieux n’est contre le lien entre un père et son enfant. Notons au passage que l’auteur original de cette tirade n’a pas d’enfant, et que cette phrase provocatrice n’est probablement due qu’à un excès de masculinisme.

Être un père présent et affectueux peut en effet être vu comme avilissant par certains conservateurs aux convictions moyenâgeuses.

Finalement, peu de réels arguments se valent.

Pourquoi le coût économique d’une décision personnelle (avoir un enfant) devrait-il être supporté par l’employeur ?
(@SeriouslyFab)

Les coûts du congé paternité seraient supportés en partie par l’État. Ce même argument de l’employeur saigné avait été prononcé lors des votations contre les six semaines de vacances, sauf qu’ici il n’est plus question de loisirs, mais d’assurer une présence lors d’un évènement difficile qui nécessite la présence permanente des deux parents.

Les artisans ou sociétés font comment avec le profil du mec qui a 4 ou 5 semaines de vacances, 3 semaines d’armée ou service civil, 1 semaine de maladie et 4 semaines de congé pat? 3 mois d’absences par année.
(@noestabien)

La petite entreprise pourrait effectivement être pénalisée par l’absence plus ou moins longue d’un de ses employés. La solution idéale (d’après l’auteur même de la citation) serait tout simplement d’abolir l’armée pour compenser, mais c’est un autre débat.

En définitive, les seuls lésés seraient les dirigeants de petites ou moyennes entreprises. Il y a malheureusement fort à parier que si ce droit était soumis au peuple il serait refusé par une large majorité, de ce côté là il n’y a pas grand chose à attendre d’un peuple qui refuse six semaines de vacances.

Sources :
– Twitter (merci à mes 685 suiveurs)
– Facebook (merci à mes 57 « amis » )
– Le blog de Raphaël Mahaim (copie de l’article ici)
Code des obligations suisse
@mlle_cassis pour son aide sur ledit code
– Journal « 24 Heures » du 20.03.2012 : « Non au congé paternité de 20 jours » (copie de l’article ici)
– Journal « La Tribune de Genève » du 26.03.2012 : « L’armée a gaspillé 700 millions dans un projet raté » (copie de l’article ici)
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