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La démocratie directe suisse est à la fois un atout et un frein pour le pays. Le meilleur exemple négatif est l’introduction du suffrage féminin au niveau fédéral qui a du à l’inverse de ses voisins européens attendre 1971 afin d’être autorisé par les hommes, jusque là seuls représentants de la vie politique.

Auparavant, au début des années soixante, des cantons progressistes comme Vaud, Neuchâtel et Genève avaient déjà accordé à la gent féminine le droit de s’exprimer localement, lors des votations cantonales.

En 1972, tous les cantons avaient suivi le modèle fédéral, à l’exception de deux irréductibles fossiles tristement réputés pour leur vivacité d’esprit bovine: Appenzell Rhodes-Extérieures et Appenzell Rhodes-Intérieures, qui de nos jours sont toujours les fidèles représentants d’une époque que l’on croyait révolue.

appenzell_flag

Le 30 avril 1989, Appenzell Rhodes-Extérieures se modernise et accepte une décision populaire masculine: les femmes peuvent désormais enfin voter, 17 ans après tous les autres cantons.

Ou presque.

En effet, le même sujet soumis aux mâles d’Appenzell Rhodes-Intérieures ne passe pas la rampe. Les phallocrates veulent rester maitres de leurs femelles, les charrettes à bœuf qui leur servent de boites crâniennes bourrées d’arguments surannés.

suffrage_femininUn homme qui donne le biberon à son enfant, quelle horreur!

Coup de théâtre quelques mois plus tard, le Tribunal fédéral (l’autorité judiciaire suprême de la Confédération) juge cette décision anticonstitutionnelle et force ce canton primitif à accorder aux femmes le droit de vote, un évènement extrêmement rare dans l’histoire de notre petite nation helvétique.

C’était le 27 novembre 1990, il y a précisément 24 ans jour pour jour! Une paille au niveau de l’histoire, ou plutôt de la préhistoire dans ce cas.

Célébrons donc dignement l’anniversaire de cette révolution du dernier canton suisse ayant introduit (par contrainte) le suffrage féminin!

Nous éviterons toutefois de trop penser au fait que ce rassemblement de quelques milliers de pécores pèse, tel un boulet sur la pédale des freins du progrès, le même poids que certains grands cantons voisins civilisés.

La Suisse avance, mais lentement, merci à eux.


    jeudi 27 novembre 2014

  4 commentaires

  1. Franchement, pour faire peur aux hommes ils auraient mieux fait d’en représenter un entrain de changer une couche, non ? Parce que je connais beaucoup d’hommes qui apprécient de donner le biberon, de donner un bain ou une douche, mais qui quand il s’agit de nettoyer du caca, essaient sournoisement de se défiler à grand coup de « tu fais mieux » et autres « j’aime pas » (oui, j’en ai entendu un dire ça, inutile de préciser qu’il s’est fait pourrir)
    Cela dit, la façon qu’il a de donner le biberon celui-là, ne donne pas très envie de lui confier des enfants. La mine des autres enfants autour non plus d’ailleurs.
  2. Les hommes qui s’occupent de leurs enfants sont trop féminisés, génétiquement notre corps masculin n’est pas conçu de manière à changer les couches ou donner le biberon.

    Sur cette image les enfant sont tristes car maman vient d’avoir l’autorisation de voter, une telle horreur a porté un coup à toute la famille.

  3. J’ai trouvé cet article plutôt intéressant à ce sujet, il y a pas longtemps :

    http://archives.24heures.ch/actu/suisse/femmes-peuvent-voter-appenzell-2010-04-23
  4. Je copie l’article ici, pour le cas où il serait supprimé.

    C’est juste effarant.

    Il y a vingt ans, les hommes de la Landsgemeinde du canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures disaient Nein au suffrage féminin. Theresa Rohner raconte comment elle a mis fin à cette suprématie masculine, sous la menace et les insultes.

    «Seules les femmes paresseuses, qui traînent toute la journée au bistrot et qui cuisinent des raviolis en boîte soutiennent le suffrage féminin», Bruno, 32 ans. «Des femmes dans le Ring? Non merci. A Appenzell, nous sommes les derniers, avec certaines tribus de nègres en Afrique, où les hommes ont encore la parole», José, 20 ans. Le 7 mai 1990, Die Schweizer Illustrierte publie les raisons du Nein qui a fait le tour du monde dix jours auparavant: le 29 avril, les hommes de la Landsgemeinde d’Appenzell Rhodes-Intérieures refusaient à main levée d’octroyer aux femmes le droit de vote au niveau cantonal. La décision, prise à 3 contre 1, fait trembler la Suisse.

    Seule contre tous, une femme s’élève alors publiquement contre cette suprématie masculine. Theresa Rohner, Appenzelloise de 36 ans, porte l’affaire au Tribunal fédéral et, à la surprise générale, décroche le suffrage féminin pour ses concitoyennes. Si la Landsgemeinde élit demain la deuxième conseillère d’Etat de son histoire en la personne d’Antonia Fässler (PDC), c’est grâce à son combat.

    D’Interlaken, où elle vit désormais, Theresa Rohner se souvient de cette bataille, qui s’est transformée en calvaire. «On m’a mise sous pression, insultée anonymement, on a menacé ma vie, parce que j’osais demander le droit de vote», raconte celle qui s’est, depuis, tenue à l’écart des médias. «Ce qui paraît aujourd’hui évident fut pour moi un chemin de croix.» Elle se souvient de tout. Des dates exactes, des faits précis et des émotions. «Ça, il y en a eu beaucoup!» sourit-elle, à 56 ans, avec le même sourire qu’il y a vingt ans.

    Elle était potière

    A l’époque, Theresa Rohner n’est ni féministe ni politicienne et encore moins juriste. Elle est une «simple potière». «Je n’y connaissais rien en droit! Mais je pensais que si les femmes payaient des impôts, il n’y avait pas de raison qu’on leur interdise de s’exprimer. Un jour, à la télévision, j’ai vu le professeur de droit Andreas Auer expliquer que la seule manière d’instaurer le droit de vote des femmes en Appenzell serait que l’une d’elles ait le courage de recourir au Tribunal fédéral. Je me suis dit: «Ce sera moi!»

    Sa démarche commence en 1989 déjà, quand elle demande à son canton l’autorisation de participer à la Landsgemeinde d’avril. Ce dernier refuse, rappelant que la Constitution appenzelloise n’accorde le suffrage cantonal qu’aux hommes. En cachette, Theresa dépose une plainte chez les juges de Mon-Repos, estimant que l’égalité entre hommes et femmes est bafouée. Après tout, les Suissesses ont le droit de vote au niveau fédéral depuis 1971…

    «Je voulais rester discrète, parce que ma démarche était délicate. La Landsgemeinde était une tradition dévolue aux messieurs. Ils se faisaient beaux, prenaient leur épée et allaient voter. C’était une sorte de Fête des pères. Les femmes, elles, se contentaient d’influencer l’avis de leur époux pendant le repas du soir. Difficile d’imaginer que l’une d’elles puisse vouloir voter!» Mais la potière est têtue. Elle veut convaincre ses amies de la suivre. «Aucune n’a osé. Toutes me disaient que j’avais raison, mais elles craignaient que leur mari perde leur travail et leur réseau social, dans un canton où tout le monde se connaît.»

    Peur pour ses enfants

    Son recours demeure discret jusqu’à la fin de l’année 1989. «Pour éviter que le Tribunal fédéral ne se mêle de leurs affaires, les autorités appenzelloises ont mis le suffrage féminin à l’agenda de la Landsgemeinde du 29 avril 1990. Lausanne a alors suspendu ma plainte, en attendant le résultat de la votation. Mais tout le monde en a eu connaissance.»

    Des clans se forment dans le village. Il y a ceux, hommes et femmes, qui lui soufflent à l’oreille qu’ils la soutiennent, et les autres, pour qui elle est devenue une ennemie. Avec son bandeau sur la tête et ses boucles d’oreilles créoles, on la prend pour une hippie. Pire, c’est une étrangère: elle est née à Herisau, dans le canton voisin! «Comment cette immigrée ose-t-elle s’immiscer dans nos affaires?» lit-on dans des lettres de lecteurs de l’époque. «Pour éviter que la situation ne s’envenime, je refusais toutes les interviews, précise Theresa. J’avais hâte que la Landsgemeinde tranche sur le sujet.» Pourtant, ce fameux dimanche d’avril, alors que la planète entière a les yeux rivés sur Appenzell, deux tiers des hommes disent nein au suffrage féminin.

    Un non qui fait l’effet d’une bombe. Le lendemain, 53 femmes en colère s’allient à Theresa et déposent une deuxième plainte au Tribunal fédéral. 49 hommes font de même. La guerre est déclenchée et la potière en devient l’emblème. «Les gens me lançaient des regards froids, sans oser m’interpeller directement. Mon mari se faisait insulter et j’avais peur pour mes enfants. Mes proches me disaient de laisser tomber.» Mais Theresa y croit. «Pas pour moi, précise-t-elle. Pour les autres femmes. Celles qui n’osaient pas prendre la parole.» Elle écrit aux juges pour accélérer le mouvement. «Il fallait qu’ils sachent que ma situation devenait invivable.»

    Sous protection policière

    Le 27 novembre 1990, le verdict tombe: la Landsgemeinde s’est trompée, les femmes obtiennent le droit de vote en Appenzell Rhodes-Intérieures. «Je suis tombée des nues, s’exclame la mère de famille. Nous avions gagné!» En Appenzell, l’Arrêt Rohner claque comme un coup de fouet. Certains paysans jurent qu’ils ne participeront plus jamais à une Landsgemeinde. D’autres veulent l’abolir. «Les menaces sont devenues plus fréquentes après le verdict, regrette Theresa. J’ai dû recourir à une protection policière. Quelqu’un a même lancé une pierre dans la vitrine de mon magasin de poterie. Heureusement, il n’y avait personne à l’intérieur.»

    Les esprits prennent des mois pour se calmer. Puis, le 28 avril 1991, les Appenzelloises sont, pour la première fois de l’histoire, conviées à participer à une Landsgemeinde. C’est un événement. Le Ring est agrandi, des milliers de cartes de vote supplémentaires sont imprimés. «Contre toute attente, l’ambiance était bon enfant. Les femmes sont venues nombreuses et je marchais fièrement à leur côté pour aller voter.»

    Ensemble, ils rejettent massivement une initiative visant à abolir la Landsgemeinde. «La tradition n’a pas changé… Sauf qu’à présent les femmes aussi se font belles pour aller lever le bras aussi haut que les hommes!»

    Par Nadine Haltiner le 24.04.2010

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