Nombreux sont les sujets que je ne peux viscéralement pas blairer, l’armée en est un qui trône en première position. D’une manière générale d’ailleurs, tout ce qui porte une arme me donne des envies d’écrire des billets incendiaires.
Ainsi.
Le tir en campagne 2010 commence le mois prochain, je t’en avais parlé ici.
Je me suis permis une petite visite sur le site web officiel des organisateurs qui regorge de statistiques convenant à merveille pour mes petits tableaux sous Open Office.
J’ai donc utilisé la répartition cantonale des participants, et comparé ce nombre avec la population globale de chaque canton, obtenant ainsi une estimation officielle de la proportion de fanatiques des armes par zone géographique suisse, le tout trié du pire au meilleur.
La meilleure étant bien entendu ma cité de Calvin, sur ce point j’adore vraiment cette ville.
Tu noteras que les traditionalistes endogamiques du centre se distinguent clairement une fois de plus.
L’emplacement aléatoire des affiches réserve parfois d’étonnantes surprises.
Si toi aussi tu aimes t’habiller avec une chemise de bûcheron ou un anorak des années quatre-vingt alors n’hésite pas, inscris-toi au tir en campagne. N’oublie pas d’amener l’arme qui t’as gracieusement été remise lors de ton entrainement militaire obligatoire, arme qui permet chaque année à de nombreuses personnes de profiter des violences domestiques sanglantes dans la plus pure tradition helvétique.
Tous ensemble pour briser le silence, à grands coups de munitions explosives s’il le faut.
Le peuple helvétique devra donc se prononcer d’ici quelques mois pour éradiquer l’aberration qu’est la garde d’armes au foyer. Plus concrètement, je cite le site.
- sortir l’arme militaire du placard. Les armes doivent être entreposées dans des locaux sécurisés de l’armée;
- que quiconque voulant acheter, porter ou utiliser une arme prouve qu’il en a vraiment besoin et qu’il dispose des capacités;
- un ramassage systématique des armes inutilisées qui dorment dans les caves et les greniers;
- l’enregistrement de toutes les autres armes restant en circulation, ce qui améliorera la prévention et la poursuite des crimes.
En ce froid début de juin, les opposants à l’initiative ont fraichement sorti l’artillerie propagandiste. Tu as probablement dû remarquer les quelques affiches rouge sang qui fleurissent aux quatre coins de ton canton, campagne financée et organisée par la fédération sportive suisse de tir.
Le booklet peut être téléchargé ici, j’en garde une copie si jamais. Leurs arguments sont réellement écrasants, voici quelques extraits.
S’il s’agissait d’un autre sport national, une telle initiative serait un sale coup : imaginons que la culotte des lutteurs soit constamment enfermée et qu’elle ne soit sortie que pour les fêtes de lutte ! Un autre exemple ? Si on encasernait les raquettes de tennis ?
Hier soir un psychopathe armé d’une culotte de lutteur a d’ailleurs tué une douzaine d’enseignants dans une université. les victimes ont probablement succombé après une longue et douloureuse asphyxie.
Depuis toujours, cette tradition typiquement suisse est basée sur la confiance de l’Etat en ses propres citoyennes et citoyens. Ce « système de confiance » a fait ses preuves. Ce « système de confiance » est remis en question par l’initiative sur les armes suite à des actes tragiques de violence. Les tireuses et les tireurs se déclarent clairement contre toute utilisation abusive des armes. En revanche, les tireuses et les tireurs sont contre toute recherche déplacée des causes. Les coupables sont en cause, non les armes.
L’excuse standard la plus utilisée, « ce n’est pas l’arme qui tue » , ben voyons. Un tueur impulsif sans arme à feu peut donc également faire un carnage dans une école? Qu’on m’explique par quel moyen.
Les tireuses et les tireurs veulent que l’utilisation abusive des armes soit strictement sanctionnée. Mais pour éviter les crimes et délits, il faut bien d’autres idées que celles de l’initiative sur les armes, et des plus raisonnables !
En d’autres termes : Nous n’aimons pas votre solution, mais ne proposons aucune alternative.
En effet, nous, les tireuses et les tireurs, formons déjà une grande famille. Et puis le tir est un sport pour toute la famille. Nous ne voulons pas en être privés !
Le tir, c’est une affaire de famille! Le père qui a liquidé sa femme et ses enfants au fusil le mois passé pourrait d’ailleurs en témoigner… s’il ne s’était pas suicidé droit derrière.
Les tireurs suisses cherchent ainsi à se distinguer de leurs compatriotes armés dont les fusibles ont disjonctés, et par la même occasion à protéger leur hobby. On peut d’ailleurs sincèrement les comprendre. Le problème est qu’ils ne proposent aucune solution concrète pour mettre un terme aux homicides et suicides directement causés par leurs instruments de jeux.
Le peuple aura donc prochainement le dernier mot, qui on l’espère sera un grand OUI à cette initiative.
Les quelques recrues chopées en train de tourner le joint et la coco à peine jugées qu’un groupe de tireurs organise une grande fiesta avec armes létales et alcool à gogo, sponsor à l’appui (en haut à droite de l’affiche).
Ce sera une soirée détente, les gens seront pas pressés.