Il existe une force étrange qui pousse les êtres humains à se lever chaque matin, tôt de préférence. Cette puissance surnaturelle peut revêtir différentes formes plus ou moins claires telles que l’ambition, le plaisir ou encore l’envie pressante de pisser. On ne fait rien au hasard, de manière plus ou moins consciente nous avons toutes et tous une ligne directrice qui guide nos pas tout au long du chemin caillouteux qu’est la vie.

Certaines entreprises ou institutions possèdent également de tels objectifs plus ou moins crédibles, l’importance de ces buts utopiques est capitale lorsque l’existence même de ladite institution se révèle obsolète aux yeux de notre société moderne, on parle alors d’auto-motivation.

Voici donc neuf commandements déterrés sur le site web de l’armée suisse (capture d’écran ici).

L’Armée suisse renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence.

On en a dorénavant la preuve, il existerait des gens qui pensent vraiment que l’armée suisse possède ne serait-ce qu’une once de crédibilité. C’est fou non? On est pourtant en 2010. Je me suis souvent posé la question si les gourous sectaires ou les grands présidents croient réellement aux paroles manipulatrices de leurs discours, peut-être qu’à force de dire et redire une aberration ils finissent par être eux-mêmes convaincus du bien fondé de leurs déclarations, aussi absurdes soient-elles. La méthode d’auto-persuasion a su faire ses preuves au fil du temps, l’armée renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence, puisqu’on te le dit.

L’Armée suisse renforce l’esprit de communauté.

Il faut donner du crédit à cette affirmation, je ne me suis jamais senti aussi proche des antimilitaristes qu’après mes quatre mois d’école de recrue. Le fait de se retrouver dans une poignée de francophones entourés d’une centaine de germanophone t’apprend clairement le concept de communauté. Parce qu’à l’armée, nous autres Romands on est un peu les Mormons de la Suisse, sauf qu’on ne s’habille pas en noir et qu’on n’est pas polygames.

L’Armée suisse rassemble et relie.

Ah ça, pour rassembler ça rassemble, je dirais même que tu n’as de toute manière pas trop le choix, soit tu te rassembles soit tu vas en tôle. Sans oublier que l’armée relie, elle relie même les idées au point de ne plus pouvoir faire la distinction entre l’état et les humiliations subies sous les drapeaux, on en fini par détester sa propre nation. On aime par contre la légendaire multiculturalité de ce pays dans lequel tu peux passer quatre mois enfermé avec des gens qui te gueulent dessus dans un dialecte qu’eux seuls comprennent. C’est une sensation assez particulière, tu as l’impression d’être dans un endroit reculé à l’autre bout du monde, sauf que les indigènes ont tous le même passeport que toi.

L’Armée suisse est un employeur attrayant.

Avec quatre balles de solde hebdomadaire pour ramper comme un con, c’est clair qu’il est difficile de trouver mieux. Tu vas me dire, tu es nourri gratuitement avec de la pâtée pour chiens et parfois tu dors même sur un vrai matelas. Que peut faire la concurrence face à un tel attrait, dire que certains préfèrent bosser dans un bureau chauffé.

L’Armée suisse s’améliore en permanence.

En achetant des avions de combats, indispensables pour aider les civils en cas de catastrophe naturelle. La mentalité de l’armée a également évolué ces cinquante dernières années, passant d’un système de milice obligatoire à un système de milice obligatoire. On ne dirait pas mais ça remue à mort dans les méninges martiales.

L’Armée suisse agit en tenant compte des coûts.

Avec un budget de quatre milliards de francs suisses par an, tu m’étonnes qu’il faut rationner. Avec aussi peu d’argent j’investirais personnellement dans une bonne paire de chaussettes et une boite de cassoulet millésimé.

L’Armée suisse collabore étroitement avec l’économie et la science.

Effectivement, l’exportation de matériel de guerre fabriqué en suisse vers des pays engagés dans des conflits armés rapporte de l’argent. Ne crachons pas dans la soupe, elle a déjà le gout du sang.

L’Armée suisse est un partenaire de coopération reconnu.

Reconnu et apprécié par quelques entreprises, mais obligatoire pour des centaines de milliers de personnes.

L’Armée suisse a besoin de processus de conduite compatibles pour elle-même et pour ses partenaires.

Elle en a besoin oui, mais en a-t-elle?

Non parce que moi, ce dont j’aurais besoin, c’est qu’elle disparaisse rapidement.

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