avr 2008
23
Le 1er juin prochain, le peuple suisse va voter sur une initiative appelée « pour des naturalisations démocratiques » qui consistera, si elle passe, à rendre le peuple responsable de qui peut (ou ne peut pas) obtenir le passeport à croix blanche.
L’initiative émane du seul et unique parti d’extrême-droite suisse, surtout connu du grand public pour ses affiches choquantes à la limite de la légalité en matière de racisme. Parler de lui c’est en quelque sorte lui donner du pouvoir et j’ai donc ainsi longuement hésité avant d’écrire un billet sur leur dernière propagande. Après mûre réflexion je ne vais finalement pas aborder le sujet de leur campagne et l’argumentaire patriotard qui l’accompagne, par contre rien n’empêche d’effleurer le sujet par la pointe émergée de l’iceberg. Une analyse amatrice de l’affiche qui commence vicieusement à polluer les murs de nos villes vous est donc offerte aujourd’hui.
Voici le résidu de papier hygiénique en question.

Cinq mains d’étrangers se servent dans un cageot rempli de passeports suisses. L’affiche fait clairement appel au nationalisme et à la peur de l’étranger.
Tout d’abord notons le cageot en bois, on a presque envie d’y associer un amical « Servez-vous! » sur fond de marché du dimanche, et c’est là le but recherché. Le côté libre service décrédibilise l’aspect officiel et place le passeport suisse au même rang que de simples légumes, toute personne essayant d’obtenir le sésame en question vous répondra pourtant qu’il n’est vraiment pas aussi simple à avoir.
Sur les cinq mains que compte l’affiche on notera qu’une seule est blanche, les autres vont du métis au noir. Cela renforce l’idée de l’étranger coloré et donc criminel, association perfide connue et largement entretenue par les partis de droite.
La main blanche est située en arrière-plan, presque cachée par les autres. Sa présence est uniquement justificative, sans cette main blanche l’affiche basculerait clairement du côté fachiste. Une manipulation graphique qui place sournoisement l’image toute entière du bon côté de la bordure légale.
On notera également que pas une seule de ces cinq mains n’est féminine (bien vu chérie ;) ). L’affiche passe ainsi sous silence l’intégralité des étrangères, soit plus de la moitié des personnes visées par l’initiative. Cette curieuse tolérance s’explique peut-être par le fait que lesdites étrangères sont à priori inoffensives et pourraient éventuellement au passage alimenter certains marchés profitables aux blancs de haut lieu. Un bel exemple de discrimination sélective, « Tous dehors sauf… » .
Pas d’enfants non plus, pourtant les naturalisations automatiques (ennemies de cette campagne) les concernent dans la majorité des cas. Mais placer des mains d’enfants ce serait jouer avec l’affectif, certaines voix d’électeurs sentimentaux seraient perdues.
Dernier détail, si on pinaille un peu et que l’on regarde du côté du langage corporel des deux mains les plus foncées alors on se rend compte qu’elles crispent leurs doigts de manières agressives (surtout la noire), comme des rapaces qui voudraient attraper leur proie. A l’inverse, les autres mains plus ouvertes et détendues semblent tendre curieusement vers une forme de mendicité, la moins agressive étant évidemment la blanche.
Finalement, le gros « STOP » rouge en travers, signe d’un raz-le-bol commun simulé incite chaque personne à accepter l’initiative de manière franche et claire. Le courageux électeur (ou la courageuse électrice) de droite postera ensuite son enveloppe dans l’anonymat le plus total, arborant au passage un sourire sincère mais gêné à Aziz le marchand de fruit, qui se bat depuis dix ans pour obtenir ce même putain de passeport qui m’a été donné à la naissance sans que ni moi ni mes parents suisses n’ayons eu besoin de le réclamer.
On retrouve décidément tous les ingrédients d’une manipulation en bonne et due forme, l’affiche n’a aucun rapport avec la réalité et se contente de jouer avec les peurs viscérales de l’Helvète moyen. Le pire c’est que cela fonctionne, les dernières élections sont là pour le prouver.
Le 1er juin, il y a fort à parier que les moutons iront tous dans la même direction imposée par le chien de troupeau.
Tiens, en voilà un qui s’échappe.
L’initiative émane du seul et unique parti d’extrême-droite suisse, surtout connu du grand public pour ses affiches choquantes à la limite de la légalité en matière de racisme. Parler de lui c’est en quelque sorte lui donner du pouvoir et j’ai donc ainsi longuement hésité avant d’écrire un billet sur leur dernière propagande. Après mûre réflexion je ne vais finalement pas aborder le sujet de leur campagne et l’argumentaire patriotard qui l’accompagne, par contre rien n’empêche d’effleurer le sujet par la pointe émergée de l’iceberg. Une analyse amatrice de l’affiche qui commence vicieusement à polluer les murs de nos villes vous est donc offerte aujourd’hui.
Voici le résidu de papier hygiénique en question.

Cinq mains d’étrangers se servent dans un cageot rempli de passeports suisses. L’affiche fait clairement appel au nationalisme et à la peur de l’étranger.
Tout d’abord notons le cageot en bois, on a presque envie d’y associer un amical « Servez-vous! » sur fond de marché du dimanche, et c’est là le but recherché. Le côté libre service décrédibilise l’aspect officiel et place le passeport suisse au même rang que de simples légumes, toute personne essayant d’obtenir le sésame en question vous répondra pourtant qu’il n’est vraiment pas aussi simple à avoir.
Sur les cinq mains que compte l’affiche on notera qu’une seule est blanche, les autres vont du métis au noir. Cela renforce l’idée de l’étranger coloré et donc criminel, association perfide connue et largement entretenue par les partis de droite.
La main blanche est située en arrière-plan, presque cachée par les autres. Sa présence est uniquement justificative, sans cette main blanche l’affiche basculerait clairement du côté fachiste. Une manipulation graphique qui place sournoisement l’image toute entière du bon côté de la bordure légale.
On notera également que pas une seule de ces cinq mains n’est féminine (bien vu chérie ;) ). L’affiche passe ainsi sous silence l’intégralité des étrangères, soit plus de la moitié des personnes visées par l’initiative. Cette curieuse tolérance s’explique peut-être par le fait que lesdites étrangères sont à priori inoffensives et pourraient éventuellement au passage alimenter certains marchés profitables aux blancs de haut lieu. Un bel exemple de discrimination sélective, « Tous dehors sauf… » .
Pas d’enfants non plus, pourtant les naturalisations automatiques (ennemies de cette campagne) les concernent dans la majorité des cas. Mais placer des mains d’enfants ce serait jouer avec l’affectif, certaines voix d’électeurs sentimentaux seraient perdues.
Dernier détail, si on pinaille un peu et que l’on regarde du côté du langage corporel des deux mains les plus foncées alors on se rend compte qu’elles crispent leurs doigts de manières agressives (surtout la noire), comme des rapaces qui voudraient attraper leur proie. A l’inverse, les autres mains plus ouvertes et détendues semblent tendre curieusement vers une forme de mendicité, la moins agressive étant évidemment la blanche.
Finalement, le gros « STOP » rouge en travers, signe d’un raz-le-bol commun simulé incite chaque personne à accepter l’initiative de manière franche et claire. Le courageux électeur (ou la courageuse électrice) de droite postera ensuite son enveloppe dans l’anonymat le plus total, arborant au passage un sourire sincère mais gêné à Aziz le marchand de fruit, qui se bat depuis dix ans pour obtenir ce même putain de passeport qui m’a été donné à la naissance sans que ni moi ni mes parents suisses n’ayons eu besoin de le réclamer.
On retrouve décidément tous les ingrédients d’une manipulation en bonne et due forme, l’affiche n’a aucun rapport avec la réalité et se contente de jouer avec les peurs viscérales de l’Helvète moyen. Le pire c’est que cela fonctionne, les dernières élections sont là pour le prouver.
Le 1er juin, il y a fort à parier que les moutons iront tous dans la même direction imposée par le chien de troupeau.
Tiens, en voilà un qui s’échappe.




