Ayant récemment convolé en justes noces avec ma concubine et néanmoins talentueuse dessinatrice, je me permets aujourd’hui d’écrire ce billet qui te permettra d’en savoir un petit peu plus sur cette institution magique qu’est la cérémonie de mariage.

Sois prévenu d’emblée, tout ce que tu auras vu dans les films est de la science-fiction, dans la réalité rien (mais alors là rien du tout) ne se passe généralement comme prévu, les situations idylliques sont rares et à moins de se faire financer un mariage princier par les impôts du peuple il te faudra te contenter d’un évènement à dimension humaine.

Genre ça, tu oublies.



Si toutefois ta volonté est suffisante pour te lancer dans une telle aventure, écoute d’abord le récit de la mienne.

La première chose à faire est bien évidemment de fixer un budget. Munis-toi d’une feuille de papier et d’un stylo, estime un montant très large, note-le sur ta feuille puis rajoute un zéro à la droite de ce nombre. Ton mariage devrait te couter ceci.

Comme pour la grossesse et sa première échographie, tu te rendras vite compte que la priorité des gens dont tu dépends n’est pas la même que toi. Prenons au hasard ce sympathique fleuriste à qui tu as filé sept-cent balles, figure-toi que malgré ce montant faramineux il n’en aura absolument rien à carrer d’amener ses fleurs avec une heure de retard, c’est un jour comme un autre pour lui. D’ailleurs, il faut partir du principe que le Grand Architecte de l’Univers en personne fera tout pour foutre en l’air ta journée, du moins c’est l’impression que tu auras. Ton costard est épais? Il fera 37 °C à l’ombre. Tu te changes pour une chemise à manches courtes? Et voilà que subitement il se met à neiger, si si, en plein mois de juillet. Et la probabilité d’une invasion extraterrestre? Ne pense pas autrement, ce sera bien ce jour-là.

Que ce soit à la mairie ou à l’église, la cérémonie se déroule en général de la même manière, sauf que dans l’église le mec qui te parle d’amour n’a jamais touché une femme (majeure) de sa vie. Les mariés se disent oui, tout le monde applaudit, pleure ou vomit d’émotion. Puis vient le moment des discours, avec trois textes récurrents au choix :

1. Bisounours et la recette du bonheur : « Un soupçon de tendresse, une cuillère à café de rires, une mesure de bonne santé, et de l’amour à volonté, hi hi hi ! »

2. Le Petit Prince sous acide qui tripe sur un renard qui parle : « Et je n’ ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »

3. Le capitaine Hadock et son bateau qui ne doit pas couler, celui où tout le monde doit regarder et ramer dans la même direction, en prenant garde de ne pas chavirer malgré les remous des vagues de la vie. Mille millions de mille sabords !

La sortie de la mairie se fait sous les applaudissements et les bulles de savon, depuis que le riz a été banni pour des raisons d’éthique. On prend des photos par groupes suivant des thèmes précis, la famille du marié, la famille de la mariée, tous les hommes, toutes les femmes, tous ceux avec une cravate rose à pois verts, tout ceux avec de l’herpès, et cætera. À ce moment précis tu peux hurler ton désir de faire un photo avec uniquement les amis proches, puis voir qui vient vers toi, effet garanti.

Pour se rendre au buffet, le cortège de voiture klaxonnant met tout le village en émoi, particulièrement les parents locaux qui après trois heures de bataille on finalement pu voir s’endormir leurs marmots braillards pour la sieste de l’après-midi.

L’arrivée au buffet transforme tout invité en animal, tout le monde se baffre sans prêter attention à l’entourage. L’alcool coule à flot, suivant la même courbe descendante que le compte en banque des jeunes mariés.

Une fois que tout le monde a bien mangé vient l’heure du repas, pour changer, avec le discours habituel et obligatoire des mariés, entamé par le battement d’un couteau sur un verre à vin vide. N’essaie d’ailleurs pas sur un verre plein, je peux te dire par expérience que ça ne fait aucun bruit et que tu as juste l’air con. Et ne tape pas trop fort, c’est fragile, ce serait dommage d’éclabousser la robe de madame avec le contenu de ton artère radiale.

Il y a toujours un moment où un membre de la famille ou un ami produit un show public, cela peut par exemple être une série de diapositives humiliantes de toi adolescent avec ta coupe Mac Gyver, ce qui fera beaucoup rire toute l’assemblée, dont certains ne manqueront pas de signaler à quel point tu étais laid et disproportionné pendant cette période difficile de ta vie. Les chansons sont également à la mode, notamment « on vous souhaite tout le bonheur du monde » , interprété dans 843% des mariages ces dernières années.

La fin de la soirée s’approchera ensuite peu à peu, les plus futés ne manqueront pas de quitter la cérémonie quelques minutes avant le nettoyage final.

Retour à la maison, c’est le moment de la fameuse nuit de noces dont on te parle depuis ton adolescence, celle où toutes les folies sexuelles sont censées être exacerbées. Dans la réalité je vais te dire comment ça se passe : Tu poses ta tête sur l’oreiller et cinq secondes plus tard tu te retrouves dans un coma de stade quatre.

Et le lendemain tu te réveilles plus ou moins frais, marié, et surtout pauvre. Tes amis commencent à poster sur Facebook les photos de toi bourré en train de danser une chaude Lambada avec tantine Cunégonde, certaines vidéos arrivent, te faisant découvrir une poignée d’invités en train de se faire chier comme des rats morts dans le fond de la salle. Ceux qui n’étaient pas invités ne commentent pas ces images et te retirent de leur liste d’amis, d’autres te félicitent ou te disent qu’ils n’y croyaient plus, suivi d’un « lol » pour toute ponctuation.

Sache finalement que sur le moment tu ne te rendras compte de rien, mais rassure toi car les souvenirs seront toujours présents dans ta petite tête, pour le meilleur et pour le pire. ,    Imprimer Imprimer   
Le week end parfois on ne sait que faire, alors on prend la voiture et on roule. On peut choisir de voyager sur les autoroutes helvétiques jusqu’à ce que les « Sorties » deviennent des « Ausgang » . Ou alors on peut sortir juste avant.

On peut aussi visiter une très jolie ville, avec des rues aux noms parfois francophones, parfois germanophones, parfois les deux.

On peut croiser des arches aux inscriptions étranges.



Signe d’un temps jadis où les jeunes mariés quittant l’Hôtel de Ville devaient traverser cette rue pour rejoindre la Cathédrale afin d’y obtenir une bénédiction nuptiale selon les normes religieuses en vigueur.

Dommage que je ne me souvienne plus du nom de cette ville.

Avec toutes les indications fournies, quelqu’un aurait une idée? ,    Imprimer Imprimer