Que sommes-nous, nous autres citoyens du bas-peuple face à la puissance de nos dirigeants? Nous sommes faibles, nos moyens d'actions sont limités et l'on se sent souvent impuissant lorsqu'éclate une crise diplomatique menant à une situation injuste.

Ce fût récemment le cas lors du conflit entre la Suisse et la Libye, on peut annoncer sans grand doute que la majorité des citoyens de ce pays auraient aimé passer quelques minutes dans une cave avec un certain colonel menotté à un des pilliers de soutien.

Au lieu de cela on rumine, on marmonne, on gueule sur nos blogs sans que cela n'aie aucune influence sur l'affaire en question. Ce billet sera d'ailleurs le dernier sur le sujet.

Alors qu'au fond l'union fait la force, et nous autres petites gens avons un certain pouvoir, une certaine capacité d'action selon nos compétences respectives. Mon domaine de prédilection est l'informatique, plus précisément le développement. Ne pouvant rester les bras croisés je vais aujourd'hui te montrer comme devenir ce que l'on appelle un "cyber-dissident" , qui est en gros un dissident politique n'ayant juste pas les balles nécessaires pour aller protester en personne.

Concrètement, je vais te montrer comment bloquer l'accès à tous les visiteurs libyens sur ton site. Tu noteras l'existence d'un plugin pour WordPress qui fait la même chose, j'en avais déjà parlé, c'est juste que tout le monde n'a pas WordPress et que c'est beaucoup plus marrant de le faire à la main.

Bref, tu l'auras deviné, ce billet s'adresse à toi, honorable webmistress ou webmaster helvétique, lorsqu'un bédouin sous sa tente tapera ton URL dans son navigateur il tombera bêtement sur une belle erreur "403 - Forbidden" .

La condition sine qua non est d'avoir un serveur web qui supporte PHP, il te suffit ensuite d'y installer ce superbe outil du ouebe two point zero :



Pour la mise en œuvre c'est très simple, tu télécharges le kit en faisant un clic droit sur l'image du dessus, puis tu choisis "Enregistrer la cible du lien sous..." .

Le fichier ZIP que tu télécharges contient quatre fichiers : "geoip.inc" , "geoip.php" , "GeoIP.dat" et la photo d'un chaton adorable. Tu vas envoyer les trois premiers fichiers dans la racine de ton site web via ton client FTP favori, je te conseille FileZilla. Tu fais ensuite suivre la photo du chaton à tous tes amis en disant qu'il est trop mignon. La base de donnée permettant la géolocalisation est gratuite et distribuée sous license GPL, elle provient de l'excellent site MaxMind.

Dans la racine de ton site web tu devrais avoir un fichier nommé "index.php" , voire "default.php" dans de très rares cas. Tu vas l'ouvrir, deux cas de figures peuvent se présenter.

Si ton fichier d'index commence immédiatement par la balise d'ouverture de code PHP (à savoir "<?php" ), il te suffit d'ajouter le code suivant juste à la ligne du dessous.

1
include("geoip.php");


Si ton fichier commence par du code HTML, c'est ce code que tu dois insérer en tout début de fichier, avant ledit code HTML.

1
2
3
<?php
    include("geoip.php");
?>


Attention, dans les deux cas il est très important qu'aucun caractère ne se trouve avant la balise d'ouverture PHP ("<?php" pour rappel), pas même un simple espace ou un retour à la ligne! Ce point est crucial pour une raison intrinsèque au protocole HTTP, en l'occurrence l'envoi des headers avant tout code HTML.

Une fois que ton fichier "index.php" est modifié alors ton site est immédiatement protégé, te voilà maintenant officiellement devenu protestataire! Tu peux même télécharger la mini-bannière et l'afficher fièrement sur ton site.



Pour résumer les opérations : Téléchargement du fichier ZIP, décompression du fichier ZIP, envoi des trois fichiers à la racine de ton site web, édition du fichier "index.php" . Je te passe l'étape du chaton.

Tu pourras peut-être constater sur place l'efficacité de ce script le jour où toi aussi tu seras injustement enfermé dans une geôle libyenne, à condition d'avoir un accès à Internet bien entendu. ,    Imprimer Imprimer   
Pratiquement inconnue du reste du monde, l'affaire Kadhafi aura fait la une des journaux helvétiques pendant de nombreux mois. Je te résume les évènements.

Nous sommes en juillet 2008, le fils du dictateur libyen et sa femme enceinte séjournent à Genève. Après avoir traditionnellement tabassé leurs domestiques, notre couple de tourtereaux se retrouve injustement placé en garde à vue. Ils y restent deux jours puis regagnent leur pays après avoir versé une caution de 500'000 francs suisses, avant de quitter le sol helvétique la femme déclare "Œil pour œil, dent pour dent!" . L'histoire prétend que les flics ont été un peu brutaux suite à la résistance des sujets.

Deux jours plus tard en Libye, deux industriels suisses se retrouvent curieusement en prison pour un motif fallacieux, le hasard des dates quand même, c'est dingue. La compagnie aérienne Swiss se voit obligée d'annuler la plupart de ses vols vers Tripoli et toutes les entreprises helvétiques doivent quitter le pays immédiatement. Papa ne rigole pas, il agit avec le flegme que tout chef de pays se doit de posséder.



Le temps laisse passer quelques négociations ratées, déclarations publiques, discussions stériles, débats houleux.

Nous sommes en octobre 2008, papa décide d'arrêter ses livraisons de pétrole vers la Suisse ainsi que de retirer tous ses avoirs de nos banques, environ cinq milliards de francs (soit trois milliards d'euros). Une broutille pour un pays dont le peuple crève littéralement de faim, ainsi que pour nos pauvres banquiers qui s'octroient des bonus largement supérieurs chaque année, même en période de crise.

Décembre 2008, la compagnie Swiss se voit interdire les vols vers la Libye. On invoque des raisons techniques, ce qui fait quand même bien rire tout le monde.



Le temps passe encore, le gouvernement helvétique tente de faire quelques excuses, Micheline se rend sur place et porte le voile. Grosse polémique, évidemment.

Juillet 2009, lors du G8 papa pète un câble et propose de démanteler la Suisse, en représailles j'avais proposé deux projets révolutionnaires (ici et ) qui ont malheureusement été refusés par la commission d'urbanisme.

Août 2009, l'avion du Conseil Fédéral part en Libye avec l'intention de ramener les deux otages, il rentrera vide et humilié.

Fin 2009, le journal "La Tribune de Genève" perd toute sa crédibilité en publiant les photos judiciaires du fils Kadha, mal rasé et tirant la gueule. La publication plombe les relations internationales, le journal ne veut pas s'excuser d'avoir enfreint la loi et la moralité qui faisaient pourtant sa réputation jusque là.

Janvier 2010, le premier des deux otages peut rentrer au pays, trop aimable.



Février 2010, le dictateur libyen s'affiche dans toute sa splendeur et appel au jihad contre la suisse, en réaction à l'interdiction des minarets très largement approuvée par nos voisins paysans du nord-est. Le gouvernement suisse décide de bloquer l'octroi de visas libyens dans ce qui ressemble tristement à une tentative désespérée pour sauver son honneur.

Il faudra attendre le mois de juin 2010 pour voir enfin cette affaire se clore. Dans un dernier sursaut humiliant le gouvernement helvétique baisse finalement son froc et paie une rançon de 1.5 millions d'euros au fils du dictateur. Le dernier otage est libéré et rentre au pays.

Fin?

Non. Car toute histoire a une morale, et celle-ci n'échappe pas à la règle.

"Si tu veux tabasser les petites gens, mieux vaut avoir un papa puissant."
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