Une campagne d’affichage surprenante a commencé il y a quelques jours à Genève, son but est de promouvoir les petits cendriers portatifs censés limiter l’amoncellement de vieux mégots sur les trottoirs de la ville.
La lecture se fait en deux parties, premièrement le gros texte qui se veut volontairement choquant, puis ensuite la petite note soulageante juste en dessous.
L’idée est bonne mais malheureusement limitée aux seuls amateurs du bâton à cancer, pourquoi ne pas repousser les frontières en soutenant d’autres causes ?
Tous les parias de la société sont concernés, car tout le monde a finalement raison! lâchons-nous sur les chômeurs, les rentiers, les handicapés, les drogués ou les banquiers!
A toi de trouver le futur slogan, l’auteur du meilleur remportera une splendide photo de chaton.
Le 24 février 2008, près de 80% des citoyennes et citoyens genevois avaient voté en faveur d’une interdiction de fumer dans les lieux publics, montrant ainsi clairement leur dégout et leur peur envers la fumée passive.
Quelques semaines plus tard, une poignée de juristes proches ou membres de l’UDC avait profité d’une faille dans le système pour faire invalider la nouvelle loi, pourtant majoritairement approuvée par le peuple.
Le 27 septembre prochain on remet le couvert, avec un texte reformulé et (on l’espère) assez solide pour résister cette fois aux attaques de l’extrême droite suisse. Voici quelques extraits de la prochaine « loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics (LIF) » .
Art. 2 Principe
1. Il est interdit de fumer dans les lieux publics ou accessibles au public, intérieurs ou fermés (ci-après: lieux publics).
2. On entend par accessibles au public tous les locaux dont l’accès n’est pas réservé à un cercle de personnes déterminé et délimité de manière étroite.
3. On entend par fermés les espaces couverts par un toit et entourés par des murs ou
cloisons, permanents ou temporaires, quels que soient les types de matériaux utilisés.
La version 2009 est beaucoup plus laxiste que sa consœur de 2008, elle autorise notamment la construction de fumoirs, à condition qu’aucun service n’y soit effectué.
Art. 4 Exceptions
Lieux privatifs
1. Des exceptions à l’interdiction de fumer peuvent être prévues pour les lieux à caractère privatif suivants, pour autant qu’ils soient isolés, ventilés de manière adéquate et désignés comme tels:
a) les fumoirs clos et correctement ventilés installés dans les établissements et lieux publics sont autorisés pour autant que ceux-ci soient isolés et qu’aucun service n’y soit effectué;
b) les cellules de détention et d’internement;
c) les chambres d’hôtels et d’autres lieux d’hébergement;
d) les chambres d’hôpitaux, de cliniques et d’autres lieux de soins, dans lesquels les patients séjournent de manière prolongée et dont ils ne peuvent aisément sortir compte tenu de leur état de santé.
Il faut souligner que la totalité des partis politiques du canton est en faveur de cette loi, même les pires d’entre-eux. Je ne peux donc que t’inciter à voter OUI à la LIF le 27 septembre 2009.
En attendant, si tu veux aller manger quelque part sans puer le cendrier froid en sortant, il te suffit de consulter la liste des restaurants sans fumée, crée par l’Association des Médecins du canton de Genève.
C’était toujours une surprise lorsque nous autres genevois foulions le sol sauvage du canton de Vaud, voir les indigènes fignoler leur cancer du poumon dans les lieux publics provoquait un sentiment de dégout caractéristique.
« Ah ça, chez nous c’est interdit. »
Jusqu’à la récente intervention des réactionnaires de droite, mais tu connais cette pitoyable histoire, j’ai assez gueulé dessus.
La bonne nouvelle du jour?
Hier les cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais ont accepté une loi interdisant la fumée dans les lieux publics, exceptés dans des fumoirs isolés.
Genève, grande innovatrice en la matière se retrouve donc propulsée à l’arrière du convoi sanitaire romand. Merci aux dissidents genevois qui ont fait recours, votre geste a été grandement apprécié par les familles des cinq-cent personnes qui décèdent chaque année de la fumée passive.
Aura-t-on une équivalence à Genève avant la fin du millénaire?
Le récent retour du bâton à cancer dans les lieux publics genevois ayant été ici largement abordé par sa face politique, je peux de manière sereine attaquer à présent un autre côté du problème, à savoir la présence légèrement incommodante de nuages de fumée pendant les heures de repas.
Trouvée au fond d’un tiroir, cette publicité des années 90 montre bien que l’infection ne date pas d’hier. Une revanche efficace est même suggérée.
Le mardi 30 septembre 2008 a été un jour noir pour une des plus importantes valeurs helvétiques. En effet, depuis ce jour la Suisse n’est plus une démocratie.
Si je devais désormais décrire la Suisse politique à un étranger je le ferais en ces termes : « En Suisse, un citoyen ou une citoyenne peut à tout moment faire voter une loi s’il ou elle arrive à rassembler assez de monde. Dans le cas ou cette loi passe alors la plus haute autorité législative du pays peut toutefois arbitrairement décider de la faire abroger, allant ainsi à l’encontre de l’avis populaire. » .
Le peuple continuera de voter, mais dorénavant chacun sait que le Tribunal Fédéral se réserve un droit de regard sur les décisions populaires, même les plus unanimes. Sur simple requête d’une poignée d’agitateurs diplômés en droit la moindre loi même approuvée très majoritairement par le peuple pourra être dissoute en quelques jours, insultant les électeurs et bafouant leurs avis à priori insignifiants pour les yeux étriqués de l’autorité suprême.
En Suisse le droit de donner sa voix n’est plus que de la poudre aux yeux, lâchée vulgairement par quelques dirigeants afin de faire croire aux moutons helvètes qu’ils maintiennent un quelconque contrôle sur les lois de leur pays. Il n’en est malheureusement plus rien.
La crédibilité restante du fragile système helvétique a été anéantie par une simple petite bande de fanatiques droitistes irrespectueux, le suffrage universel n’est grâce à eux plus qu’une vaste blague.
L’arène politique suisse est un cirque emplit de clowns, le peuple n’est plus qu’un simple observateur impuissant regardant ce ridicule spectacle tragi-comique appelé « votations populaires » .
En juillet dernier, les genevois ont acceptés par 80% des voix de bannir la cigarette des lieux publics, décision unanime suivant la pensée logique de la plupart des pays civilisés.
Le très solennel Tribunal Fédéral a décidé aujourd’hui d’annuler cette loi pour des prétextes plus que douteux, il est donc immédiatement à nouveau autorisé aux fumeurs de partager leur très prochain cancer du poumon avec leurs voisins non-fumeurs.
L’arrêt fédéral par lequel tout est arrivé fait suite à une requête de deux membres de l’UDC genevoise (au passage très fiers de leur action lamentable), on s’en serait presque douté. Là où l’UDC passe, les valeurs morales trépassent.
Ce qui est incroyable c’est que certains fanatiques bornés continuent de croire à notre époque que la fumée passive n’est pas nocive pour l’entourage, aujourd’hui la plus haute autorité juridique suisse leur a donné raison, insultant au passage la très grande majorité des électeurs genevois.
La dictature fédérale au dessus de la santé et du respect humain. Triste suisse, ton gouvernement est pathétique.