C’est la crise en Europe, certains pays vont mal et on parle même de faillite.

En Suisse par contre nous n’avons pas ce problème, le Conseil national a en effet voté hier un budget de 5 milliards de francs suisses pour une cause que la moitié des citoyens du pays abhorre : l’armée. Ce budget prend en compte l’achat de 22 nouveaux avions de combat destinés à remplacer les Tigers actuels. Ce budget correspond à huit-cent-cinquante-mille salaires moyens, et si on le répartissait à l’ensemble des citoyens chacun pourrait toucher environ six-cent balles, enfants compris.

Dans le cas d’une démocratie telle que la Suisse ce genre de situation peut requérir par la suite l’avis du peuple via un référendum, les parlementaires ont pour cette fois décidé de ne pas laisser la voix aux bourdonnements insignifiants que nous sommes pour eux.

(dessin de Herrmann)

Les tentatives de la gauche pour faire avorter cet achat ont donc malheureusement échoué, la droite ayant obtenu à la fois le nouveau budget faramineux ainsi que le contingent de cent-mille hommes qu’elle désirait.

Ueli Maurer a d’abord répondu à côté de la question en parlant de la nécessité d’acheter de nouveaux avions. Quand on lui a reposé la question, il n’a pas hésité à dire qu’un avion qui viole notre espace aérien peut parfaitement être abattu. Reste à savoir si Ueli Maurer mettrait effectivement sa menace à exécution en cas de survol interdit.

Source : Tribune de Genève

Par le passé il est arrivé que des avions étrangers survolent le territoire suisse sans autorisation, créant une psychose dans les milieux nationalistes qui considèrent à priori que l’espace situé entre le sol helvétique et Alpha du Centaure leur appartient personnellement. C’est plus qu’un simple survol, c’est un viol de la propriété privée, même s’il est invisible, indolore et silencieux.

Imaginons un instant qu’une telle horreur se reproduise, qu’un avion B-52 américain partant de l’Autriche décide de traverser le territoire helvétique dans sa plus grande longueur pour aller parachuter Arnold Schwarzenegger sur la France.

La vitesse d’un tel appareil pouvant atteindre les mille kilomètres par heure il lui suffira de vingt petites minutes pour traverser tout le pays, soit grosso modo le temps que le pauvre pilote suisse termine ses röchtis, enfile sa jolie combinaison, fasse chauffer les moteurs de son nouvel avion hors de prix et finisse enfin par décoller.


Tu l’auras compris, acheter des avions de combat pour protéger le minuscule espace aérien helvétique c’est comme vouloir arrêter les bolides des chauffards avec des patins à roulettes.

Et même si… Même si ce vil envahisseur ricain est finalement rattrapé par le super avion de chasse helvétique piloté par le caporal Karl-Heinz Inäbnit, que ce dernier qui était par un hasard incroyable au téléphone avec Ueli Maurer reçoit l’ordre direct d’abattre le Boeing B-52 Stratofortress américain de quatre-vingt-trois tonnes, long de cinquante mètres et contenant cent-quatre-vingt-mille litres de kérosène dans ses réservoirs, tu imagines un peu les dégâts causés par une telle bête qui se crashe en pleine zone urbaine?

Il faut vivre dans un monde bien isolé pour réfuter le fait que jamais un avion suisse n’abattra un appareil qui survole illégalement son territoire.

Malgré tout cela, hier après-midi les conseillers ont joué le jeu de la droite manipulatrice, en braves moutons blancs qu’ils sont. , ,    Imprimer Imprimer   
Il existe une force étrange qui pousse les êtres humains à se lever chaque matin, tôt de préférence. Cette puissance surnaturelle peut revêtir différentes formes plus ou moins claires telles que l’ambition, le plaisir ou encore l’envie pressante de pisser. On ne fait rien au hasard, de manière plus ou moins consciente nous avons toutes et tous une ligne directrice qui guide nos pas tout au long du chemin caillouteux qu’est la vie.

Certaines entreprises ou institutions possèdent également de tels objectifs plus ou moins crédibles, l’importance de ces buts utopiques est capitale lorsque l’existence même de ladite institution se révèle obsolète aux yeux de notre société moderne, on parle alors d’auto-motivation.

Voici donc neuf commandements déterrés sur le site web de l’armée suisse (capture d’écran ici).

L’Armée suisse renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence.

On en a dorénavant la preuve, il existerait des gens qui pensent vraiment que l’armée suisse possède ne serait-ce qu’une once de crédibilité. C’est fou non? On est pourtant en 2010. Je me suis souvent posé la question si les gourous sectaires ou les grands présidents croient réellement aux paroles manipulatrices de leurs discours, peut-être qu’à force de dire et redire une aberration ils finissent par être eux-mêmes convaincus du bien fondé de leurs déclarations, aussi absurdes soient-elles. La méthode d’auto-persuasion a su faire ses preuves au fil du temps, l’armée renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence, puisqu’on te le dit.

L’Armée suisse renforce l’esprit de communauté.

Il faut donner du crédit à cette affirmation, je ne me suis jamais senti aussi proche des antimilitaristes qu’après mes quatre mois d’école de recrue. Le fait de se retrouver dans une poignée de francophones entourés d’une centaine de germanophone t’apprend clairement le concept de communauté. Parce qu’à l’armée, nous autres Romands on est un peu les Mormons de la Suisse, sauf qu’on ne s’habille pas en noir et qu’on n’est pas polygames.

L’Armée suisse rassemble et relie.

Ah ça, pour rassembler ça rassemble, je dirais même que tu n’as de toute manière pas trop le choix, soit tu te rassembles soit tu vas en tôle. Sans oublier que l’armée relie, elle relie même les idées au point de ne plus pouvoir faire la distinction entre l’état et les humiliations subies sous les drapeaux, on en fini par détester sa propre nation. On aime par contre la légendaire multiculturalité de ce pays dans lequel tu peux passer quatre mois enfermé avec des gens qui te gueulent dessus dans un dialecte qu’eux seuls comprennent. C’est une sensation assez particulière, tu as l’impression d’être dans un endroit reculé à l’autre bout du monde, sauf que les indigènes ont tous le même passeport que toi.

L’Armée suisse est un employeur attrayant.

Avec quatre balles de solde hebdomadaire pour ramper comme un con, c’est clair qu’il est difficile de trouver mieux. Tu vas me dire, tu es nourri gratuitement avec de la pâtée pour chiens et parfois tu dors même sur un vrai matelas. Que peut faire la concurrence face à un tel attrait, dire que certains préfèrent bosser dans un bureau chauffé.

L’Armée suisse s’améliore en permanence.

En achetant des avions de combats, indispensables pour aider les civils en cas de catastrophe naturelle. La mentalité de l’armée a également évolué ces cinquante dernières années, passant d’un système de milice obligatoire à un système de milice obligatoire. On ne dirait pas mais ça remue à mort dans les méninges martiales.

L’Armée suisse agit en tenant compte des coûts.

Avec un budget de quatre milliards de francs suisses par an, tu m’étonnes qu’il faut rationner. Avec aussi peu d’argent j’investirais personnellement dans une bonne paire de chaussettes et une boite de cassoulet millésimé.

L’Armée suisse collabore étroitement avec l’économie et la science.

Effectivement, l’exportation de matériel de guerre fabriqué en suisse vers des pays engagés dans des conflits armés rapporte de l’argent. Ne crachons pas dans la soupe, elle a déjà le gout du sang.

L’Armée suisse est un partenaire de coopération reconnu.

Reconnu et apprécié par quelques entreprises, mais obligatoire pour des centaines de milliers de personnes.

L’Armée suisse a besoin de processus de conduite compatibles pour elle-même et pour ses partenaires.

Elle en a besoin oui, mais en a-t-elle?

Non parce que moi, ce dont j’aurais besoin, c’est qu’elle disparaisse rapidement.

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La nouvelle du jour me rappelle la fabuleuse histoire de J’On le Chninkel dont la mission divine était d’unir les cruels dirigeants des trois plus grandes races peuplant la planète. Sa mission semblait vouée à l’échec, comment un simple esclave Chninkel pouvait-il réunir trois races ennemies depuis la nuit des temps?

Au final (attention spoiler) la pauvre créature réussira par tous les unir… contre lui.

C’est un peu le cas actuel de Samy dans le rôle du Chninkel, en effet le Parti Socialiste, l’UDC et les Verts ont semble-t-il tous voté dans la même direction sur la question du prochain budget militaire.

Il est d’autre part amusant de voir comment les médias ont présenté la nouvelle.

Selon la Tribune de Genève.



Selon Le Matin.



L’un parle d’achat de FA/18, l’autre de rejet de budget, le premier ayant entrainé le second. La Tribune explique la cause, le Matin annonce l’effet. , ,    Imprimer Imprimer