Décrire l’urbanisme en ville de Genève sans dériver dans les insultes et la vulgarité est un défi que peu de citoyens seraient prêts à relever. La célèbre plaine de Plainpalais est ainsi donc à nouveau en travaux, après un bon trimestre exceptionnellement sans chantier, forçant les chapiteaux des cirques helvétiques à aller planter leurs piquets sous d’autres cieux plus consistants.
Les activités des clowns étant en de nombreux points semblables à celles des militaires, un emplacement des plus adéquats a été judicieusement choisi, rapprochant ainsi deux institutions relativement similaires.
Si jamais tu cherches à les différencier, les clowns sont ceux qui s’habillent en vert kaki.
C’est la crise en Europe, certains pays vont mal et on parle même de faillite.
En Suisse par contre nous n’avons pas ce problème, le Conseil national a en effet voté hier un budget de 5 milliards de francs suisses pour une cause que la moitié des citoyens du pays abhorre : l’armée. Ce budget prend en compte l’achat de 22 nouveaux avions de combat destinés à remplacer les Tigers actuels. Ce budget correspond à huit-cent-cinquante-mille salaires moyens, et si on le répartissait à l’ensemble des citoyens chacun pourrait toucher environ six-cent balles, enfants compris.
Dans le cas d’une démocratie telle que la Suisse ce genre de situation peut requérir par la suite l’avis du peuple via un référendum, les parlementaires ont pour cette fois décidé de ne pas laisser la voix aux bourdonnements insignifiants que nous sommes pour eux.
(dessin de Herrmann)
Les tentatives de la gauche pour faire avorter cet achat ont donc malheureusement échoué, la droite ayant obtenu à la fois le nouveau budget faramineux ainsi que le contingent de cent-mille hommes qu’elle désirait.
Ueli Maurer a d’abord répondu à côté de la question en parlant de la nécessité d’acheter de nouveaux avions. Quand on lui a reposé la question, il n’a pas hésité à dire qu’un avion qui viole notre espace aérien peut parfaitement être abattu. Reste à savoir si Ueli Maurer mettrait effectivement sa menace à exécution en cas de survol interdit.
Source : Tribune de Genève
Par le passé il est arrivé que des avions étrangers survolent le territoire suisse sans autorisation, créant une psychose dans les milieux nationalistes qui considèrent à priori que l’espace situé entre le sol helvétique et Alpha du Centaure leur appartient personnellement. C’est plus qu’un simple survol, c’est un viol de la propriété privée, même s’il est invisible, indolore et silencieux.
Imaginons un instant qu’une telle horreur se reproduise, qu’un avion B-52 américain partant de l’Autriche décide de traverser le territoire helvétique dans sa plus grande longueur pour aller parachuter Arnold Schwarzenegger sur la France.
La vitesse d’un tel appareil pouvant atteindre les mille kilomètres par heure il lui suffira de vingt petites minutes pour traverser tout le pays, soit grosso modo le temps que le pauvre pilote suisse termine ses röchtis, enfile sa jolie combinaison, fasse chauffer les moteurs de son nouvel avion hors de prix et finisse enfin par décoller.
Tu l’auras compris, acheter des avions de combat pour protéger le minuscule espace aérien helvétique c’est comme vouloir arrêter les bolides des chauffards avec des patins à roulettes.
Et même si… Même si ce vil envahisseur ricain est finalement rattrapé par le super avion de chasse helvétique piloté par le caporal Karl-Heinz Inäbnit, que ce dernier qui était par un hasard incroyable au téléphone avec Ueli Maurer reçoit l’ordre direct d’abattre le Boeing B-52 Stratofortress américain de quatre-vingt-trois tonnes, long de cinquante mètres et contenant cent-quatre-vingt-mille litres de kérosène dans ses réservoirs, tu imagines un peu les dégâts causés par une telle bête qui se crashe en pleine zone urbaine?
Il faut vivre dans un monde bien isolé pour réfuter le fait que jamais un avion suisse n’abattra un appareil qui survole illégalement son territoire.
Malgré tout cela, hier après-midi les conseillers ont joué le jeu de la droite manipulatrice, en braves moutons blancs qu’ils sont.
Nous sommes en 1959, tout mâle helvétique atteignant le cap de la vingtaine est alors en âge de voter, avec pour contrepartie l’obligation de porter plusieurs mois durant le tristement célèbre déguisement vert kaki.
Il reçoit gracieusement un manuel devenu depuis lors culte dans les milieux fanatiques conservateurs, l’aujourd’hui rarissime « Livre du Soldat » . Sur pas moins de trois-cent-quatre-vingt-quatre pages ce bouquin tente d’inculquer un semblant d’éducation aux nouveaux troufions dociles , allant de l’histoire édulcorée du pays aux gestes qui sauvent en cas de bombe nucléaire.
Parmi le ramassis de clichés propagandistes on trouve quand même quelques belles paroles, je les ai sélectionnées pour toi, avec l’intention louable de réajuster ton dressage.
Nulle part comme chez nous, vie civile et vie militaire ne sont pareillement mêlées dans le train-train quotidien. L’enfant regarde avec intérêt le sac et le fusil du papa suspendus au galetas ou au grenier.
(page 16)
L’enfant se demande également s’il peut jouer avec cette belle arme, mettant parfois son imagination à exécution, tuant accidentellement un membre de sa famille. Car être un soldat suisse c’est surtout avoir une arme létale à la maison en permanence, car contrairement aux idées reçues ce n’est pas le monopole des criminels étrangers.
Papa est enfin un homme quand il rentre de son service, avant on ne savait malheureusement pas trop ce qu’il était. Car sache-le, être un homme n’a rien à voir avec la génétique, l’éducation ou la taille de la bite. Non, être un homme c’est avant tout avoir la volonté de ne pas envoyer péter un type plus con que toi qui passe ses journée à te gueuler dessus.
Il rentre en son village mûri, enrichi, développé physiquement et moralement. L’éducation militaire qu’il a reçue, la vie tout entière du pays va en bénéficier.
Si l’école de recrues n’existait pas, il faudrait la créer…
(page 17)
Après plusieurs mois d’humiliations permanentes le soldat est d’ailleurs tellement développé moralement qu’il fonce chez un bon psychiatre dans le but d’y obtenir une dispense médicale.
Certains passages du manuel se veulent rassurants et encourageants. Désespérés et à bout d’arguments, les auteurs utilisent alors leur cheval de bataille favori : la tradition.
Citoyen-soldat, ton devoir est tracé par une tradition vieille de près de sept siècles. Si tu veux être libre, sois un bon citoyen, sois un bon soldat!
(page 17)
Ce serait dommage de bousculer une tradition vieille de sept siècles, grâce à Dieu aujourd’hui nous brûlons toujours les sorcières, et guillotinons nos rois lorsqu’ils nous gonflent un peu trop. Citoyen-soldat, ne réfléchis pas, fais juste comme grand-papa.
Un bon Suisse est celui qui sent d’abord battre son cœur quand, un jour de fête, sur la place publique, il découvre, flottant au vent, la bannière de son canton.
(page 40)
Le bon Suisse pensera également à saluer le drapeau, puis il déposera une gerbe de fleur à ses pieds et lèchera le mât avant d’entreprendre un rapport sexuel avec la poulie, pour la patrie bien sûr.
Chaque Suisse doit respecter la religion de son prochain. C’est dans le respect de nos différences que réside le secret de notre unité.
(page 72)
Ce précepte est d’ailleurs intégralement suivi par l’extrême-droite helvétique, grande protectrice de l’armée et de ses valeurs centenaires.
Toute ancienne recrue se souviendra des longues marches forcées, du paquetage complet porté sur le dos, des ampoules aux pieds. Tu seras heureux d’apprendre que c’était pour ne pas que tu perdes tes jambes.
Pourquoi tant d’hommes qui s’alourdissent et bedonnent? Parce qu’ils ne savent plus marcher.
La paresse, le goût du confort, l’automobile feront bientôt de notre peuple un peuple de culs-de-jatte
(page 110)
Notons qu’Internet est également un outil diabolique, il rend les gens gros, cons et culs-de-jatte. Figure toi qu’on y trouve même parfois des blogs de citoyens antimilitaristes indignes de leur passeport à croix blanche, il leur faudrait une bonne guerre mon brave monsieur.
Le peuple suisse aime son armée; il en est fier parce qu’elle accomplit noblement son devoir. Quand le drapeau des bataillons passe dans la ville, le cœur de la foule bat plus fort et les hommes se découvrent, émus, respectueux.
(page 126)
D’autres homme au contraire se couvrent avec des cagoules noires et balancent de gros pavés sur la gueule des soldats qui défilent, c’est quand même plus attractif que regarder passivement une bande de pingouins verts kakis.
On critique, on critique, mais n’oublions pas que le militaire est un être vivant presque comme les autres. Situé entre l’algue et le plancton il n’en demeure pas moins une entité biologique dotée d’une certaine forme de raisonnement, lui permettant d’utiliser la ruse pour péter littéralement le cul de ses adversaires.
(page 305)
Ainsi, quand tante Jasmine reviendra prendre possession de sa maison après la guerre, au premier signe de fatigue de sa part ses intestins tapisseront agréablement les murs du séjour.
Chaque soldat, par sa bonne tenue, contribue ainsi à assurer la paix à son pays. Ses négligences, ses fautes, au contraire, sont un risque de guerre.
(page 131)
Une braguette mal fermée et c’est le drame, la troisième guerre mondiale qui débute, une invasion d’extraterrestres belliqueux, la fin de l’univers ou pire, un disque de Justine Bibeurre qui passe en boucle à la radio.
(page 113)
Es-tu l’homme réel qui subit difficilement sa condition militaire, ou le taré sous amphétamines qui vit dans un manga?
Dans les deux cas, n’oublie pas que tu es avant tout un soldat.
Tu entres au service. La fanfare joue : « Au Drapeau » . Ton cœur s’émeut. Te voici de nouveau sous le régime militaire. De citoyen, tu redeviens soldat.
(page 150)
En une fraction de seconde ton honneur n’a plus aucune valeur, tu deviens un bouffon aux yeux du grand public, un peu comme si tu perdais ton froc en pleine rue. Mais ne t’inquiètes pas, car ton cœur s’émeut.
Nous autres Suisses connaissons bien la situation : Vaincre ou mourir !
(page 290)
Ou, plus intelligemment, se barrer.
Fort heureusement, les sympathiques bandes dessinées étaient déjà d’actualité au temps jadis. Ainsi, pour celles et ceux qui ne sauraient pas lire, de jolis schémas explicatifs détaillent certains points.
(page 107)
On pourrait finalement penser que l’armée est une tare masculine, alors que dans cette ambiance intime de franche gaité on retrouve parfois quelques femmes, certains chapitres leurs sont d’ailleurs consacrés.
La femme est don de soi, élan, tendresse, générosité, dévouement, amour. Et c’est au foyer qu’elle peut mieux s’épanouir parce que c’est là, dans les temps normaux, qu’elle peut exercer tout à la fois les vertus de son âme, les élans de son cœur et les grâces de son esprit.
(page 61)
Dites non à la drogue.
On apprendra également qu’il ne faut pas révéler les informations confidentielles que l’on pourrait grappiller au fil du temps, la sécurité de l’État en dépend.
Et pour les femmes qui seraient femmes, on leur attribue des tâches à leur juste valeur.
Dans les arsenaux elle coupe, raccommode, repasse, en un mot, accomplit pour l’armée un travail typiquement féminin.
(page 374)
Et pendant ce temps, le typiquement masculin se prendra des grenades à fragmentation dans la gueule, parce qu’on a globalement que ça à foutre.
L’ennemi est à nos portes, n’oublie donc pas de bien graisser ton fusil et tes pompes, ce serait dommage que l’on perde la guerre à cause de ta négligence.
Le chef de l’armée suisse ( ) s’est récemment exprimé dans une entrevue effectuée par le journal romand « Le Matin », il répond notamment aux pressions d’abolition qui pèsent de plus en plus lourdement sur cette institution ridicule.
Le Matin, 28.11.2010
Une des réponses fournie vaut bien une solde hebdomadaire.
Quitte à réduire les effectifs, autant passer à une armée professionnelle?
J’y suis opposé. Avec des soldats qui ne feraient ça que pour l’argent, je suis sûr que l’on n’atteindrait pas le niveau de qualité des soldats de milice.
Il aurait presque pu terminer sa phrase par « lol » .
L’armée suisse force chaque année des milliers de mâles majeurs à quitter leur travail ou leurs études pour plonger dans l’éthylisme extrême et les humiliations quotidiennes, le tout déguisé en plante verte. La seule qualité humaine que l’on pourrait donc attribuer à ces soldats de milice est la capacité d’adaptation en milieu hostile, voire la tolérance au suicide face à une condition aussi malsaine.
J’ai personnellement passé la majorité de ma période sous les drapeaux à me planquer aux chiottes pour éviter les tâches ingrates, c’est sans doute de cet excellent niveau de qualité que le chef de l’armée voulait parler.
Il existe une force étrange qui pousse les êtres humains à se lever chaque matin, tôt de préférence. Cette puissance surnaturelle peut revêtir différentes formes plus ou moins claires telles que l’ambition, le plaisir ou encore l’envie pressante de pisser. On ne fait rien au hasard, de manière plus ou moins consciente nous avons toutes et tous une ligne directrice qui guide nos pas tout au long du chemin caillouteux qu’est la vie.
Certaines entreprises ou institutions possèdent également de tels objectifs plus ou moins crédibles, l’importance de ces buts utopiques est capitale lorsque l’existence même de ladite institution se révèle obsolète aux yeux de notre société moderne, on parle alors d’auto-motivation.
Voici donc neuf commandements déterrés sur le site web de l’armée suisse (capture d’écran ici).
L’Armée suisse renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence.
On en a dorénavant la preuve, il existerait des gens qui pensent vraiment que l’armée suisse possède ne serait-ce qu’une once de crédibilité. C’est fou non? On est pourtant en 2010. Je me suis souvent posé la question si les gourous sectaires ou les grands présidents croient réellement aux paroles manipulatrices de leurs discours, peut-être qu’à force de dire et redire une aberration ils finissent par être eux-mêmes convaincus du bien fondé de leurs déclarations, aussi absurdes soient-elles. La méthode d’auto-persuasion a su faire ses preuves au fil du temps, l’armée renforce sa crédibilité grâce à ses prestations et à la transparence, puisqu’on te le dit.
L’Armée suisse renforce l’esprit de communauté.
Il faut donner du crédit à cette affirmation, je ne me suis jamais senti aussi proche des antimilitaristes qu’après mes quatre mois d’école de recrue. Le fait de se retrouver dans une poignée de francophones entourés d’une centaine de germanophone t’apprend clairement le concept de communauté. Parce qu’à l’armée, nous autres Romands on est un peu les Mormons de la Suisse, sauf qu’on ne s’habille pas en noir et qu’on n’est pas polygames.
L’Armée suisse rassemble et relie.
Ah ça, pour rassembler ça rassemble, je dirais même que tu n’as de toute manière pas trop le choix, soit tu te rassembles soit tu vas en tôle. Sans oublier que l’armée relie, elle relie même les idées au point de ne plus pouvoir faire la distinction entre l’état et les humiliations subies sous les drapeaux, on en fini par détester sa propre nation. On aime par contre la légendaire multiculturalité de ce pays dans lequel tu peux passer quatre mois enfermé avec des gens qui te gueulent dessus dans un dialecte qu’eux seuls comprennent. C’est une sensation assez particulière, tu as l’impression d’être dans un endroit reculé à l’autre bout du monde, sauf que les indigènes ont tous le même passeport que toi.
L’Armée suisse est un employeur attrayant.
Avec quatre balles de solde hebdomadaire pour ramper comme un con, c’est clair qu’il est difficile de trouver mieux. Tu vas me dire, tu es nourri gratuitement avec de la pâtée pour chiens et parfois tu dors même sur un vrai matelas. Que peut faire la concurrence face à un tel attrait, dire que certains préfèrent bosser dans un bureau chauffé.
L’Armée suisse s’améliore en permanence.
En achetant des avions de combats, indispensables pour aider les civils en cas de catastrophe naturelle. La mentalité de l’armée a également évolué ces cinquante dernières années, passant d’un système de milice obligatoire à un système de milice obligatoire. On ne dirait pas mais ça remue à mort dans les méninges martiales.
L’Armée suisse agit en tenant compte des coûts.
Avec un budget de quatre milliards de francs suisses par an, tu m’étonnes qu’il faut rationner. Avec aussi peu d’argent j’investirais personnellement dans une bonne paire de chaussettes et une boite de cassoulet millésimé.
L’Armée suisse collabore étroitement avec l’économie et la science.
Effectivement, l’exportation de matériel de guerre fabriqué en suisse vers des pays engagés dans des conflits armés rapporte de l’argent. Ne crachons pas dans la soupe, elle a déjà le gout du sang.
L’Armée suisse est un partenaire de coopération reconnu.
Reconnu et apprécié par quelques entreprises, mais obligatoire pour des centaines de milliers de personnes.
L’Armée suisse a besoin de processus de conduite compatibles pour elle-même et pour ses partenaires.
Elle en a besoin oui, mais en a-t-elle?
Non parce que moi, ce dont j’aurais besoin, c’est qu’elle disparaisse rapidement.
En Suisse, être totalement à côté de la plaque est en passe de devenir un sport national.
Les jeux électroniques violents doivent être interdits en Suisse. Le Conseil des États a transmis soir deux motions du National exigeant du Conseil fédéral, contre sa volonté, qu’il soumette au Parlement un projet de loi dans ce sens.
La Suisse deviendrait ainsi le premier pays européen à appliquer une telle loi, mais après l’interdiction des minarets nous ne sommes au fond plus à une absurdité près. La décision est d’autant plus aberrante quand on sait que chaque citoyen helvétique est forcé de faire son armée, impliquant ainsi la possession d’un fusil d’assaut à son domicile.
Le gouvernement n’aura pas la tâche facile. D’autant plus qu’en transmettant les deux motions, le Conseil des Etats a refusé de prendre position, laissant au Conseil fédéral le soin de trancher, a déclaré Anne Seydoux (PDC/JU).
Cette dernière aurait préféré le texte de Norbert Hochreutener (PDC/BE), adoptée par 27 voix contre 1, qui se limite à barrer l’accès des mineurs aux jeux d’ordinateurs à contenu violent. Plus radicale, la motion d’Evi Allemann (PS/BE), acceptée par 19 voix contre 12, vise à interdire la production, la publicité, l’importation, la vente et la diffusion de tels programmes de jeux.
Contourner cette loi absurde est enfantin, il suffit en effet aux joueurs de passer par une plateforme de téléchargement légal pour se fournir directement auprès des fabricants. Au final, seuls les revendeurs seront lésés.
Le verdict tombera dans quelques mois, après délibération de nos Vieux Singes Sages.
S’il y a une entité qui fait la fierté de notre belle Helvétie c’est bien son armée. Représentation suprême de l’indépendance si chère à notre patrie, de sa liberté, se son hospitalité.
Car oui, nous autres Suisses avons le sens de l’accueil. On aime beaucoup recevoir des familles de fraudeurs, dictateurs (hormis tonton Kadha) et autres margoulins qui viennent planquer leur pognon dans nos coffres, permettant ainsi à nos majestueux banquiers l’octroi personnel de bonus conséquents, et ceci même en pleine période de crise pendant que le reste du peuple crève la dalle.
Sur le sujet de l’accueil, le chef de l’armée helvétique a récemment tenu quelques propos qui méritent un petit arrêt sur image. André (c’est son petit nom) s’est adonné au jeu des questions-réponses avec un enthousiasme propre à sa fonction. Ainsi, à la question fatidique mettant en cause l’utilité de l’armée, le militaire répond le plus simplement du monde.
« Quand des archives brûlent à Lausanne, on peut faire appel à l’armée pour soutenir les pompiers. »
Car justifier avec brio un budget annuel de 4 milliards de francs suisses pour éteindre un feu par décade, c’est aussi le travail d’André.
Mais le brave homme ne s’arrête pas là, sa position peu importante dans la hiérarchie militaire helvétique lui permet heureusement de se laisser aller à quelques confessions frivoles.
« la Suisse est vulnérable même en temps de paix. »
André cite au passage « l’afflux massif » de réfugiés qui « déferlent » sur notre territoire, afflux qui pourrait selon lui nécessiter une aide conséquente de l’armée qui posterait probablement un vaillant troufion sur chaque col de montagne en bordure de frontière. Lorsque le journaliste lui demande la provenance hypothétique de ces envahisseurs, André répond très sérieusement.
« Pensez à la situation économique en Grèce: soudain un pays de l’Union européenne, presque un voisin, au bord de la faillite… »
Le jour où tu sentiras une une odeur de Feta près de chez toi il sera alors déjà trop tard, rien ne servira de préparer ton joli petit paquetage vert kaki car l’ennemi hellénique sera à ta porte, avec son adorable jupette traditionnelle et son iPod bourré de Sirtaki.
Je suis certain qu’on devrait pouvoir troquer quelques nuitées dans nos abris anti-atomiques contre autant de bouteilles d’Ouzo.
Tiens, mange un peu de culture, c’est bon pour toi.
Les manifestations de Tian’anmen ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989 sur la place Tian’anmen à Pékin, la capitale de la République populaire de Chine. Elles prirent la forme d’un mouvement d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers chinois, qui dénonçait la corruption et demandait des réformes politiques et démocratiques. Après plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement chinois proclama l’état de siège le 20 mai 1989, et fit intervenir l’armée le 4 juin 1989.
Quand tu cherches « tiananmen » sur Google Images Chine tu tombes sur une série de belles images typiques.
La même recherche sur notre Google Image international est légèrement différente.
Notons que les chinois n’ont pas accès à cette version, du fait de leur Grande Muraille Pare-Feu qui les coupe partiellement du monde et censure ainsi une grande partie du contenu international.
Il faut reconnaitre qu’en occident nous avons quand même une certaine chance de pouvoir nous exprimer librement, critiquer nos habiles politiciens, notre si accueillant pays et nos fromages moisis.
Chacun peut donner son point de vue sur tout et n’importe quoi, les érudits comme le dernier des attardés, le tout mélangé dans un flux d’information hétéroclite.
En Suisse on fabrique du chocolat, des montres et du bon fromage. On a de belles montagnes et on y joue paisiblement du cor des Alpes.
Ce paysage bucolique possède toutefois une face sombre que peu de personnes connaissent: La Suisse produit des armes de guerre et des véhicules de combat, certains sont même exportés vers des pays engagés dans des conflits violents tels que le Pakistan ou l’Irak.
Le 29 novembre prochain, soit dans un mois jour pour jour, le peuple helvétique sera amené à décider si cette absurdité indigne d’un pays neutre et pacifiste doit perdurer ou non.
On parle de sauver des vies, les opposants de l’initiative parlent d’argent, celui des nombreux salariés qui vivent grâce au commerce de la mort. Il va donc falloir trancher entre augmenter le chômage en Suisse ou continuer à bafouer une règle d’éthique.
La vie humaine n’ayant pas de prix, la décision est d’ores et déjà prise pour de nombreuses personnes.
Quelques artistes suisses soutiennent cette initiative, c’est notamment le cas de trois rappeurs : Jonas, Cenzino et Eriah. Le clip « Du sang sur les mains » est une pure merveille et résume à lui seul la raison pour laquelle il nous faudrait voter OUI le 29 novembre 2009.
Le rappeur Chickymicky explique également à sa manière ce qu’il pense du sujet.
Un clip vidéo assez basique est visible sur Youtube
La chanteuse suisse-allemande Evelinn Trouble apporte elle aussi sa pierre à l’édifice. Son titre « Warface » d’un style totalement différent est tout aussi explicite que ses confrères francophones. L’introduction est en allemand sous-titré, la chanson en anglais.
La page officielle de ce tube est en allemand sur le site du GSoA (Gruppe für eine Schweiz ohne Armee)
Quelques liens en relation avec ces votations :
- Le groupe Facebook de l’initiative
- Le site officiel de l’initiative
- Le site du GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée)
Ce qu’il y a de bien avec l’armée c’est que n’importe quel domaine professionnel peut être détourné et exploité en temps de guerre, même le plus innocent. On découvre ainsi par exemple la cuisine du soldat, la loi martiale, les médecins de troupes ou encore les célèbres grenadiers concierges.
Temps modernes obligent, la grande muette helvétique suit le mouvement et invente la Task Force Informatique !
Le terme est officiel, je te laisse imaginer la scène un moment…
Tu devrais arrêter de rire, le communiqué gouvernemental est à priori sérieux.
L’ancien président de la direction de Swisscom dirigera dès le 1er janvier 2010 le comité de pilotage de la task force informatique du DDPS. Le conseiller fédéral Ueli Maurer, chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), a institué la task force dans le but de rétablir et d’améliorer notablement la conduite et les performances de l’informatique du DDPS dans ces trois à cinq prochaines années.
Un commando de geeks élitistes va enfin remettre de l’ordre dans cet immonde amas de bits militaires, on ne sait pas encore si Steve Jobs fera partie de l’assaut.