Faut vraiment faire attention à la rétroactivité, elle provoque des mutilations génériques.

Retroactive

Source : Le Matin

   

ThemisMon nom est Bernard Dubrovnick, je suis avocat. Ma famille travaille pour la célèbre étude Dubrovnick & Cie depuis de nombreuses générations. Nous représentons le droit moderne depuis que ce mot existe, nous sommes la référence légale pour un grand nombre de personnalités de la Haute Société. J’ai vu passer les pires criminels, entendu les histoires les plus abominables, défendu ou attaqué des voleurs, des violeurs, des assassins, des animaux. Je suis rôdé, je suis à toute épreuve, rien ne m’arrête, je suis le Gérard Majax du barreau, le Patrick Bruel du Palais de Justice, celui qui vous sort le brelan d’as au moment où la partie adverse a misé jusqu’à ses couilles. Je fous à poil tous mes adversaires, pas un seul procès perdu dans la famille depuis des lustres. Même grand-papa avait réussi à faire sortir un pédophile de taule sous prétexte que sa victime était consentante, c’est dire la puissance suprême qui nous anime, nous, les Dubrovnick. Mon nom ne vous fait pas peur? Pas grave, ça va venir. Nous sommes indestructibles, mais pourtant…

Aujourd’hui j’ai peur, je sens que ça va merder. On m’a confié une sale affaire, une ordure de la pire espèce. Le monstre de base pour qui la peine de mort ou l’internement à vie ne suffirait pas. Ils ont parlé de rétablir la torture et la castration physique juste pour ce mec, c’est dire. Je suis sur ce dossier depuis quelques semaines, et bordel on peut dire que le temps passe lentement quand on ne dort plus la nuit. Non mais franchement, comment je vais pouvoir défendre cette chose, cette bête qui répugne tout son entourage.

Pascal Boguet, c’est son nom. Je ne suis même pas certain qu’on puisse le qualifier d’humain, dommage qu’on ait pas de terme neutre en français comme le « it » anglais ou le « das » allemand, ça lui conviendrait mieux. Dire qu’il y a à peine dix ans cette sous-merde n’aurait eu aucun problème, heureusement qu’ils ont voté ces nouvelles lois anti-débordements, ça me donne envie de gerber rien que de penser qu’il pourrait retourner dans la nature. Je dois pourtant défendre ce déchet, c’est mon métier, je suis avocat. De toute manière il va en prendre au minimum pour un demi-siècle, ça lui apprendra à faire le con avec la législation moderne. Dire qu’il aurait pu passer entre les mailles du filet, heureusement que son employeur l’a dénoncé à la justice. Faire ça sur son lieu de travail non mais j’vous jure, il a tué la confiance que ses supérieurs avaient placée en lui, il s’est grillé tout seul ce con.

Tiens justement, j’ai le dossier sous les yeux. « Affaire P. Boguet – avril 2014 – Utilisation d’internet à des fins personnelles » .

Quel monstre!

   

Chère nièce, comme je te l’ai promis hier voici quelques images de mon expédition en milieu électronique.

Arrivée sur place, les chars ne sont pas encore partis. On remarque les deux sponsors responsables à eux seuls de la majorité des cas de cholestérol de la région. L’ambiance est chaude, les anges arborent de magnifiques auréoles au dessus de leurs cheveux blonds, les miennes sont plutôt sous mes bras.

Lake Parade 2007

Malgré l’invitation à monter sur le char d’un ami DJ (il m’en reste quelques uns de ma période Rave) je préfère prendre des photos depuis les trottoirs, entouré du bas-peuple.

Lake Parade 2007

Quelques indigènes se sont hauts perchés afin de mieux ressentir les vibes, ouais tu vois quoi, c’est trop hype.

Lake Parade 2007

David Vendetta, grâce auquel on peut faire de splendides jeux de mots.

Lake Parade 2007

Vision post-apocalyptique de la rue.

Lake Parade 2007

Un petit contrejour afin de tester l’efficacité du verre polarisant.

Lake Parade 2007

   

Ousk ousk ousk

Le hasard quand même parfois c’est incroyable, aujourd’hui, 07.07.07 est le jour de la Lake Parade et de nombreux mariages. Si t’as l’immense honneur de visiter la cité de Calvin en cette journée ensoleillée tu pourras apercevoir des tas de gens habillés bizarrement en train de bouger au son des ousk ousk ousk tchikitaaaa. Je te ramène les photos dès que possible.

Tendrement.

Ta maraine qui t’aime.

   

Le principal problème d’un informaticien est justement d’être informaticien. Souvent les pécores de la technologie frappent désespérément à ma porte dans l’infime espoir d’une solution rapide et efficace à leur problème récurent d’ordinateur. La solution à la plupart des pannes informatiques consiste à réinitialiser votre PC, pour ce faire suivez pas à pas la petite vidéo ci-dessous et vos soucis disparaîtrons instantanément.

Ne me remerciez pas, j’ai eu grand plaisir à la tourner.

   

Pour éviter de se faire fracasser la tronche contre le pare-brise d’un chauffard en traversant les rues de Lyon, il suffit de suivre les indications lumineuses.

Lyon - Rue Gentil

Si tu trouves que l’image est trop petite, t’as qu’à cliquer dessus.

   

La mendicité a dès maintenant un nouveau statut exceptionnellement libéral. Pour tous ceux qui auraient envie de faire carrière dans la branche le quotidien « 20 Minutes » vous propose un dossier aux conseils avisés afin de tendre correctement la main sur le trottoir.

20 minutes

   

Vous êtes Georges Buisson, un être magique issu de l’accouplement d’un chasseur Troll et d’une chèvre sauvage. Votre mission sera d’apporter paix et prospérité aux Terres féériques d’Aremica, votre patrie bien aimée (que Dieu la protège). Vous n’êtes heureusement pas seul dans votre mission divine, Vos fidèles animaux serviteurs de compagnie Brousse-Chêne et Tony-la-Belette vous accompagnent dans votre quête, dans cette histoire dont VOUS êtes le héros!

Vous marchez dans la forêt de Vache-Hilton quand un Orc socialiste vous barre le passage. Pour tuer cette sous-merde gauchiste rendez-vous en 1, pour tenter de l’amadouer avec des paroles ridicules rendez-vous en 2.

- 1 -

Tony-la-Belette rampe à vos pieds, portant votre épée de foi Godpowa sur son dos. Tirez un dé à six faces. Si vous faites 1 ou plus alors vous gagnez (rendez-vous en 3), sinon vous avez triché, rendez-vous en 4 pour en subir les conséquences.

- 2 -

Vous commencez à parler à l’Orc mais vous vous rendez vite compte qu’il emploie un langage démoniaque hors de votre portée intellectuelle. Vous saisissez quelques bribes phonétiques telles que « pauvres » ou encore « solidarité ». Vous décidez finalement de lui exploser la gueule. Rendez-vous en 1.

- 3 -

Vous levez votre épée et fracassez la tête de l’Orc en hurlant « Meurs, mécréant socialiste! » . Vous videz les poches du cadavre et décidez d’investir cet argent dans votre campagne contre le mal. Brousse-Chêne vous félicite et vous lance alors «  Maître, j’ai une information qui vous intéressera sûrement. J’ai entendu dire que les hérétiques dirigeants des contrées désertiques de l’Iraïque possédaient un élixir de puissance qui leur permettrait de gouverner le monde. Ils tirent cet élixir du désert et le revendent à prix d’or aux pays voisins. » .
«  Diantre! » criez-vous, «  Il nous faut ce produit! Allons montrer à ces païens de quel bois se chauffe le grand Georges Buisson! » . Si vous désirez lever une armée pour aller voler les ressources d’un pays qui ne vous a rien fait rendez-vous en 5, si vous ne voulez pas être responsable du massacre de milliers de civils innocents rendez-vous en 6.

- 4 -

Votre compétence est reconnue par le peuple et vous devenez président de l’Aremica à vie. Votre histoire s’achève ainsi dans un harem de luxure, entouré par une horde de lèches-culs hypocrites.

- 5 -

Vous vous rendez dans la grande ville la plus proche et vous placez debout sur une fontaine en plein centre de la place publique. Vous criez alors votre annonce de recrutement. «  J’ai besoin de pognon alors vous allez tous aller en Iraïque vous faire buter, vive l’Aremica notre patrie! » . La foule en délire vous acclame et décide de vous faire entièrement confiance, votre armée est à présent prête à envahir ce pays inconnu. Vous vous renseignez de l’endroit où il se situe et envoyez vos troupes conquérir votre fortune. Tirez un dé à 6 faces et multipliez le résultat par 10, ce sera le nombre de soldats que vous avez perdu. Ils ont droit aux honneurs de leur sainte patrie l’Aremica (que Dieu la protège). Tirez un dé à 6 face et multipliez par 10’000, ce sera le nombre de civils tués, mais ceux-là on s’en fout.
La guerre commence à vous coûter cher, si vous décidez d’aller cambrioler des écoles et d’autres institutions publiques alors rendez-vous en 7, sinon rendez-vous en 8.

- 6 -

Ha ha! On aurait presque cru que vous aviez une morale petit chenapan. Allez, filez en 5 pour sulfater un peu la gueule de ces mécréants.

- 7 -

Vos soldats dévalisent les caisses publiques, vous prenez un peu d’argent au passage et finissez par être assez riche pour construire un grand panneau « FUCK » que vous placez sur orbite afin que le monde entier sache ce qu’il représente à vos yeux. Vous avez finement joué la partie dans un intérêt louable d’enrichissement personnel. Rendez-vous en 4 pour l’épilogue.

- 8 -

Vos fidèles serviteurs Brousse-Chêne et Tony-la-Belette vous traitent de tafiole, face à une telle argumentation vous décidez d’abandonner toute morale. Rendez-vous en 7 pour piller dignement les établissements scolaires.

   

Cent années s’étaient écoulée depuis la fin de la dernière guerre mondiale, pourtant chaque année des milliers de citoyens étaient encore et toujours contraints de se rendre en caserne afin d’y suivre un entrainement militaire forcé. Le réel rôle de l’armée était perpétuellement remis en cause par la majorité de la population mais quelques conservateurs accrochés au pouvoir maintenaient et défendaient farouchement cette tradition obsolète.

Lorsque le dernier d’entre-eux mourut il fallut alors se rendre à l’évidence, toute cette mascarade rituelle n’avait plus lieu d’être. Le Conseil Fédéral décida ainsi de porter un coup fatal à l’armée suisse en mettant un terme à cette obligation immorale. Le principe indécent du citoyen-soldat allait finalement crever en silence.

C’est à ce moment précis que les Telliens, un groupuscule armé, décida de sortir de l’ombre. Aboyant leur amour du treillis et des armes ils se regroupèrent afin de contrer la décision des Conseillers qu’ils jugeaient arbitraire. Leur bannière affichait un Guillaume Tell tenant fièrement son arbalète sur fond de drapeau Suisse, un symbole archaïque pour une idéologie à priori du même âge. Les premiers jours ils manifestèrent sur le parvis du Palais Fédéral, armes chargées à la main. Tirant de-ci de-là quelques coups de feu afin d’assurer leur autorité ils finirent par abattre accidentellement un journaliste. Le coupable fut emprisonné mais les protestataires ne comptaient pas s’arrêter pour autant, ils revendiquaient le droit d’accès à leur sport favoris.

L’Etat ne pouvait décemment pas se permettre de laisser les citoyens exposés à un tel danger terroriste. Un des conseillers fédéraux émit alors une idée et elle fut immédiatement validée par la totalité des sept voix. On allait construire la plus grand arène de combat jamais édifiée sur Terre, et tous les militaires et autres psychopathes pourraient tranquillement se foutre sur la gueule sans générer le moindre danger pour la population civile. On fit appel aux meilleurs ingénieurs, toutes les entreprises de construction du pays se partagèrent le gâteau. Une région montagneuse fût choisie au nord-est de Thoune, une ancienne caserne désaffectée allait servir de centre névralgique à l’ensemble. Un concours fût organisé afin de trouver un nom à l’édifice, parmi les milliers de propositions le peuple n’en garda qu’une seule : L’Arène Helvétique. On élimina donc les propositions des Telliens (« La Gloire des Armes » , « Le Lieu de l’Honneur » , « Les Champs de la Splendeur » ) et des antimilitaristes (« Le Cirque de la Déchéance » , « La Fosse aux Cons » ).

Il fallut une année entière pour construire la palissade monumentale qui entourait le champ de bataille. Haute de plusieurs dizaines de mètres, longue d’une centaine de kilomètres, elle interdisait à quiconque d’y entrer ou d’en sortir. Sa structure était tellement énorme que certains astronautes prétendaient la voir depuis l’espace. Il avait été prévu d’y catapulter chaque semaine de nombreuses palettes contenant les combattants volontaires ainsi que des armes, des munitions, des habits et des denrées alimentaires.

Champ de bataille

L’inauguration eut lieu un jour pluvieux, le président coupa un ruban symbolique devant l’aire d’envol qui allait emmener les premiers guerriers de l’autre côté. De nombreuses personnes en tenue de camouflage faisaient impatiemment la queue, armes en mains. La catapulte géante fonctionna à plein régime de nombreuses heures avant la première accalmie, tous les forcenés du pays étaient maintenant de l’autre côté du mur, on y entendait déjà quelques coups de feu claquer, leur guerre avait commencé.

Les journaux félicitèrent l’évènement, on avait enfin trouvé la solution aux problèmes centenaires qui divisaient civils et soldats, l’armée avait enfin été séparée du peuple. Certains pays riches avaient même suivi l’idée en construisant leurs propres arènes, la France par exemple avait même imité jusqu’au nom en nommant la sienne « L’Arène Gauloise ». Certains pays plus pauvres avaient passé un accord avec le gouvernement suisse, c’est ainsi que des milliers de combattants étrangers avaient été parachutés dans l’Arène Helvétique. Un hélicoptère tenta de survoler la région afin de rapporter quelques images chaudes mais il fut immédiatement abattu par un grand nombre de tireurs territoriaux, l’Etat promulgua rapidement une loi sécuritaire interdisant le survol de la zone.

De nombreuses années de quiétude passèrent ainsi et l’on remarqua peu à peu une certaine baisse des coups de feu de l’autre côté, pourtant la fréquence d’envoi des munitions n’avait pas changé. Ainsi quelques jours avant le huit-centième anniversaire de la Confédération, l’Etat décida d’envoyer un émissaire voir ce qui s’y passait. Ce courageux volontaire portait avec lui une caméra qui allait retransmettre en direct les premières images de l’intérieur de l’Arène depuis plus de quarante années d’existence. Il fut catapulté, solitairement accompagné de quelques conserves. Les images qu’il ramena firent le tour de la Terre.

Le mur intérieur était criblé de balles mais son épaisseur lui garantissait une solidité suffisante, la végétation environnante avait été ravagée par les tirs incessants de ces dernières décennies. Quant à la faune, elle avait tout simplement disparu, tuée ou enfuie par les airs. Des cadavres en décomposition jonchaient le sol, les quelques oiseaux carnassiers de la région n’osaient même pas s’aventurer ici. Le volontaire commençait à faire dans son froc, les caisses de ces dernières années n’avaient même pas été ouvertes, qu’est-ce qui avait bien pu se passer? La réponse allait lui apparaitre au détour d’un rocher, il vit d’abord une ombre, puis un homme, un homme nu comme un ver. D’autre se montrèrent, intrigués par la caméra. C’était plus qu’un simple groupe, c’était une tribu entière. Plus loin, des corps mutilés, un homme en mangeant un autre, découpant la chair humaine d’un coup maladroit de pierre taillée. Des animaux, voilà ce qu’ils étaient devenus.

On vit vaguement une pierre arriver sur l’objectif de la caméra, l’image retransmise s’arrêta nette pour faire place à une nuée de parasites hertziens. Depuis ce jour plus rien n’entra dans les arènes du monde entier, elles finirent par engendrer des contes terrifiants pour les enfants mal élevés. Certains promeneurs prétendent encore aujourd’hui entendre des hululements de l’autre côté des murs, mais personne n’oserait aller vérifier.

Donnez une arme à un humain, il finira animal.

   

Vendredi, 19h03, nous sommes dans un supermarché, la caissière annonce jovialement le montant des achats, « 39.45 » . Une voix retentit derrière mon dos. « Quelle violence dans ce prix. » , je simule un sourire de politesse, aquiesce et retourne à mes affaires.

Ce n’est que bien plus tard, une fois les courses déballées que mon esprit saisit la subtile allusion de l’inconnu. Trente-neuf quarante-cinq. Mais quel con, c’est évident.

Excuse-moi noble inconnu à l’humour si fin, je n’ai pas su reconnaître ton talent à temps et tu as dû te sentir bien seul. Un peu comme ce vendeur de la FNAC auquel j’avais acheté l’album de David Vendetta. « Il en vend des tas. » m’avait-il lancé en souriant, « Oui sûrement » lui avais-je répondu stupidement.

L’humour oral de ces gens est décidément bien trop subtil, c’est tellement facile de passer pour un idiot.