La mendicité a dès maintenant un nouveau statut exceptionnellement libéral. Pour tous ceux qui auraient envie de faire carrière dans la branche le quotidien « 20 Minutes » vous propose un dossier aux conseils avisés afin de tendre correctement la main sur le trottoir.

20 minutes

   

Vous êtes Georges Buisson, un être magique issu de l’accouplement d’un chasseur Troll et d’une chèvre sauvage. Votre mission sera d’apporter paix et prospérité aux Terres féériques d’Aremica, votre patrie bien aimée (que Dieu la protège). Vous n’êtes heureusement pas seul dans votre mission divine, Vos fidèles animaux serviteurs de compagnie Brousse-Chêne et Tony-la-Belette vous accompagnent dans votre quête, dans cette histoire dont VOUS êtes le héros!

Vous marchez dans la forêt de Vache-Hilton quand un Orc socialiste vous barre le passage. Pour tuer cette sous-merde gauchiste rendez-vous en 1, pour tenter de l’amadouer avec des paroles ridicules rendez-vous en 2.

- 1 -

Tony-la-Belette rampe à vos pieds, portant votre épée de foi Godpowa sur son dos. Tirez un dé à six faces. Si vous faites 1 ou plus alors vous gagnez (rendez-vous en 3), sinon vous avez triché, rendez-vous en 4 pour en subir les conséquences.

- 2 -

Vous commencez à parler à l’Orc mais vous vous rendez vite compte qu’il emploie un langage démoniaque hors de votre portée intellectuelle. Vous saisissez quelques bribes phonétiques telles que « pauvres » ou encore « solidarité ». Vous décidez finalement de lui exploser la gueule. Rendez-vous en 1.

- 3 -

Vous levez votre épée et fracassez la tête de l’Orc en hurlant « Meurs, mécréant socialiste! » . Vous videz les poches du cadavre et décidez d’investir cet argent dans votre campagne contre le mal. Brousse-Chêne vous félicite et vous lance alors «  Maître, j’ai une information qui vous intéressera sûrement. J’ai entendu dire que les hérétiques dirigeants des contrées désertiques de l’Iraïque possédaient un élixir de puissance qui leur permettrait de gouverner le monde. Ils tirent cet élixir du désert et le revendent à prix d’or aux pays voisins. » .
«  Diantre! » criez-vous, «  Il nous faut ce produit! Allons montrer à ces païens de quel bois se chauffe le grand Georges Buisson! » . Si vous désirez lever une armée pour aller voler les ressources d’un pays qui ne vous a rien fait rendez-vous en 5, si vous ne voulez pas être responsable du massacre de milliers de civils innocents rendez-vous en 6.

- 4 -

Votre compétence est reconnue par le peuple et vous devenez président de l’Aremica à vie. Votre histoire s’achève ainsi dans un harem de luxure, entouré par une horde de lèches-culs hypocrites.

- 5 -

Vous vous rendez dans la grande ville la plus proche et vous placez debout sur une fontaine en plein centre de la place publique. Vous criez alors votre annonce de recrutement. «  J’ai besoin de pognon alors vous allez tous aller en Iraïque vous faire buter, vive l’Aremica notre patrie! » . La foule en délire vous acclame et décide de vous faire entièrement confiance, votre armée est à présent prête à envahir ce pays inconnu. Vous vous renseignez de l’endroit où il se situe et envoyez vos troupes conquérir votre fortune. Tirez un dé à 6 faces et multipliez le résultat par 10, ce sera le nombre de soldats que vous avez perdu. Ils ont droit aux honneurs de leur sainte patrie l’Aremica (que Dieu la protège). Tirez un dé à 6 face et multipliez par 10’000, ce sera le nombre de civils tués, mais ceux-là on s’en fout.
La guerre commence à vous coûter cher, si vous décidez d’aller cambrioler des écoles et d’autres institutions publiques alors rendez-vous en 7, sinon rendez-vous en 8.

- 6 -

Ha ha! On aurait presque cru que vous aviez une morale petit chenapan. Allez, filez en 5 pour sulfater un peu la gueule de ces mécréants.

- 7 -

Vos soldats dévalisent les caisses publiques, vous prenez un peu d’argent au passage et finissez par être assez riche pour construire un grand panneau « FUCK » que vous placez sur orbite afin que le monde entier sache ce qu’il représente à vos yeux. Vous avez finement joué la partie dans un intérêt louable d’enrichissement personnel. Rendez-vous en 4 pour l’épilogue.

- 8 -

Vos fidèles serviteurs Brousse-Chêne et Tony-la-Belette vous traitent de tafiole, face à une telle argumentation vous décidez d’abandonner toute morale. Rendez-vous en 7 pour piller dignement les établissements scolaires.

   

Cent années s’étaient écoulée depuis la fin de la dernière guerre mondiale, pourtant chaque année des milliers de citoyens étaient encore et toujours contraints de se rendre en caserne afin d’y suivre un entrainement militaire forcé. Le réel rôle de l’armée était perpétuellement remis en cause par la majorité de la population mais quelques conservateurs accrochés au pouvoir maintenaient et défendaient farouchement cette tradition obsolète.

Lorsque le dernier d’entre-eux mourut il fallut alors se rendre à l’évidence, toute cette mascarade rituelle n’avait plus lieu d’être. Le Conseil Fédéral décida ainsi de porter un coup fatal à l’armée suisse en mettant un terme à cette obligation immorale. Le principe indécent du citoyen-soldat allait finalement crever en silence.

C’est à ce moment précis que les Telliens, un groupuscule armé, décida de sortir de l’ombre. Aboyant leur amour du treillis et des armes ils se regroupèrent afin de contrer la décision des Conseillers qu’ils jugeaient arbitraire. Leur bannière affichait un Guillaume Tell tenant fièrement son arbalète sur fond de drapeau Suisse, un symbole archaïque pour une idéologie à priori du même âge. Les premiers jours ils manifestèrent sur le parvis du Palais Fédéral, armes chargées à la main. Tirant de-ci de-là quelques coups de feu afin d’assurer leur autorité ils finirent par abattre accidentellement un journaliste. Le coupable fut emprisonné mais les protestataires ne comptaient pas s’arrêter pour autant, ils revendiquaient le droit d’accès à leur sport favoris.

L’Etat ne pouvait décemment pas se permettre de laisser les citoyens exposés à un tel danger terroriste. Un des conseillers fédéraux émit alors une idée et elle fut immédiatement validée par la totalité des sept voix. On allait construire la plus grand arène de combat jamais édifiée sur Terre, et tous les militaires et autres psychopathes pourraient tranquillement se foutre sur la gueule sans générer le moindre danger pour la population civile. On fit appel aux meilleurs ingénieurs, toutes les entreprises de construction du pays se partagèrent le gâteau. Une région montagneuse fût choisie au nord-est de Thoune, une ancienne caserne désaffectée allait servir de centre névralgique à l’ensemble. Un concours fût organisé afin de trouver un nom à l’édifice, parmi les milliers de propositions le peuple n’en garda qu’une seule : L’Arène Helvétique. On élimina donc les propositions des Telliens (« La Gloire des Armes » , « Le Lieu de l’Honneur » , « Les Champs de la Splendeur » ) et des antimilitaristes (« Le Cirque de la Déchéance » , « La Fosse aux Cons » ).

Il fallut une année entière pour construire la palissade monumentale qui entourait le champ de bataille. Haute de plusieurs dizaines de mètres, longue d’une centaine de kilomètres, elle interdisait à quiconque d’y entrer ou d’en sortir. Sa structure était tellement énorme que certains astronautes prétendaient la voir depuis l’espace. Il avait été prévu d’y catapulter chaque semaine de nombreuses palettes contenant les combattants volontaires ainsi que des armes, des munitions, des habits et des denrées alimentaires.

Champ de bataille

L’inauguration eut lieu un jour pluvieux, le président coupa un ruban symbolique devant l’aire d’envol qui allait emmener les premiers guerriers de l’autre côté. De nombreuses personnes en tenue de camouflage faisaient impatiemment la queue, armes en mains. La catapulte géante fonctionna à plein régime de nombreuses heures avant la première accalmie, tous les forcenés du pays étaient maintenant de l’autre côté du mur, on y entendait déjà quelques coups de feu claquer, leur guerre avait commencé.

Les journaux félicitèrent l’évènement, on avait enfin trouvé la solution aux problèmes centenaires qui divisaient civils et soldats, l’armée avait enfin été séparée du peuple. Certains pays riches avaient même suivi l’idée en construisant leurs propres arènes, la France par exemple avait même imité jusqu’au nom en nommant la sienne « L’Arène Gauloise ». Certains pays plus pauvres avaient passé un accord avec le gouvernement suisse, c’est ainsi que des milliers de combattants étrangers avaient été parachutés dans l’Arène Helvétique. Un hélicoptère tenta de survoler la région afin de rapporter quelques images chaudes mais il fut immédiatement abattu par un grand nombre de tireurs territoriaux, l’Etat promulgua rapidement une loi sécuritaire interdisant le survol de la zone.

De nombreuses années de quiétude passèrent ainsi et l’on remarqua peu à peu une certaine baisse des coups de feu de l’autre côté, pourtant la fréquence d’envoi des munitions n’avait pas changé. Ainsi quelques jours avant le huit-centième anniversaire de la Confédération, l’Etat décida d’envoyer un émissaire voir ce qui s’y passait. Ce courageux volontaire portait avec lui une caméra qui allait retransmettre en direct les premières images de l’intérieur de l’Arène depuis plus de quarante années d’existence. Il fut catapulté, solitairement accompagné de quelques conserves. Les images qu’il ramena firent le tour de la Terre.

Le mur intérieur était criblé de balles mais son épaisseur lui garantissait une solidité suffisante, la végétation environnante avait été ravagée par les tirs incessants de ces dernières décennies. Quant à la faune, elle avait tout simplement disparu, tuée ou enfuie par les airs. Des cadavres en décomposition jonchaient le sol, les quelques oiseaux carnassiers de la région n’osaient même pas s’aventurer ici. Le volontaire commençait à faire dans son froc, les caisses de ces dernières années n’avaient même pas été ouvertes, qu’est-ce qui avait bien pu se passer? La réponse allait lui apparaitre au détour d’un rocher, il vit d’abord une ombre, puis un homme, un homme nu comme un ver. D’autre se montrèrent, intrigués par la caméra. C’était plus qu’un simple groupe, c’était une tribu entière. Plus loin, des corps mutilés, un homme en mangeant un autre, découpant la chair humaine d’un coup maladroit de pierre taillée. Des animaux, voilà ce qu’ils étaient devenus.

On vit vaguement une pierre arriver sur l’objectif de la caméra, l’image retransmise s’arrêta nette pour faire place à une nuée de parasites hertziens. Depuis ce jour plus rien n’entra dans les arènes du monde entier, elles finirent par engendrer des contes terrifiants pour les enfants mal élevés. Certains promeneurs prétendent encore aujourd’hui entendre des hululements de l’autre côté des murs, mais personne n’oserait aller vérifier.

Donnez une arme à un humain, il finira animal.

   

Vendredi, 19h03, nous sommes dans un supermarché, la caissière annonce jovialement le montant des achats, « 39.45 » . Une voix retentit derrière mon dos. « Quelle violence dans ce prix. » , je simule un sourire de politesse, aquiesce et retourne à mes affaires.

Ce n’est que bien plus tard, une fois les courses déballées que mon esprit saisit la subtile allusion de l’inconnu. Trente-neuf quarante-cinq. Mais quel con, c’est évident.

Excuse-moi noble inconnu à l’humour si fin, je n’ai pas su reconnaître ton talent à temps et tu as dû te sentir bien seul. Un peu comme ce vendeur de la FNAC auquel j’avais acheté l’album de David Vendetta. « Il en vend des tas. » m’avait-il lancé en souriant, « Oui sûrement » lui avais-je répondu stupidement.

L’humour oral de ces gens est décidément bien trop subtil, c’est tellement facile de passer pour un idiot.

   

IkeaLorsque le très célèbre explorateur Henry Vabenglück découvrit cette contrée sauvage il s’écria « Boudiou voilà un coin bien sympa, je vais l’appeler Vabenglückland! » avant de se prendre une baffe de son assistant qui l’engueula. « T’es pas un peu chtarbé debleu? Nan mais tes cols, tu passes encore la porte du carnotzet ou bien? » . Finalement les deux comparses décidèrent de donner à cette terre vierge et isolée le nom du premier animal qu’ils allaient croiser.

Un peu plus loin ils aperçurent un ours en train de dévorer un veau. Flairant les deux humains bien plus gras que sa maigre proie, l’ours fonça dans leur direction et arracha le foie d’Henry Vabenglück avant même qu’il ait eu le temps de dire « J’aurais du bosser chez Microsoft comme papa, j’aurais eu l’air con mais au moins je serais resté en vie. » . Le fidèle ami d’Henry Vabenglück tua l’animal féroce et décida d’honorablement nommer ce territoire comme convenu : Vaud, parce que l’ours avait déjà été pris par un pécore suisse-allemand. Il était très attaché aux images animales, en plus d’être nul en orthographe.

La région vaudoise commença à se peupler d’indigènes et on décida de regrouper toutes les femmes dans un seul village afin de simplifier la procréation, le chef de l’état venait de se faire larguer et son appréciation de la gente féminine avait été quelque peu altérée. Régulièrement les paysans se rendaient là-bas en criant « Je vais aux bonnes! » avant de cracher vulgairement par terre, le village fût ainsi nommé.

Bien des années plus tard le territoire fût conquis par Ølaf Øfinstrü, un Suédois de passage qui décida d’installer son chateau dans cette magnifique région pluvieuse, aujourd’hui encore on peut apercevoir et même visiter les restes de son antique demeure. Bien des Genevois effectuent le pèlerinages chaque week-end afin de s’offrir une bonne dose de culture nordique.

Malheureusement cette douce époque de trajets rituels touche à sa fin, bientôt l’autoroute A1 sera abandonnée des bagnoles genevoises remplies de mômes rêvant de jouer dans la piscine de boules multicolores. Sven Øfinstrü, fier descendant de son aïeul à décidé de marcher sur les traces de sa famille, Genève subira bientôt la même invasion que le Vaud de jadis, un château sera prochainement construit dans la zone de Vernier. A défaut des boules d’Aubonnes les enfants pourront jouer avec les citernes de kérosène de l’aéroport. Cela dit c’est la fin d’une époque mes amis.

   

Mais diantre, diable et mortecouille! Cela fait plusieurs jours qu’aucune nouveauté n’est venue agrémenter ce somptueux site, laissant ainsi l’article précédent trôner tristement en première page. Envoyer bouler les militaire n’est pas foncièrement déplaisant (en plus c’est facile) mais les gens de cette espèce ne méritent finalement pas tant d’honneur. Du coup MPM (pour les intimes) se retrouve tout seul et le taux de visiteurs est en chute constante (et mes rentes publicitaires aussi tiens). Vous avez vu le nombre de parenthèses que j’utilise? Incroyable.

Pourquoiiiiii, mais pourquoiiiii tant de délaissement? Pourquoi toi, gentil petit blog es-tu maintenant si seul?

Le gentil petit blog est seul car son gentil petit maitre idolatré a laissé sa muse se barrer en vacances avec un percepteur d’impôts en manque d’inspiration. Mais soyez rassurés nobles visiteurs, elle a promis de revenir bientôt.

En attendant (et dans la lignée de notre grande série « Le publicitaire, cet animal méconnnu ») il faudra vous contenter d’une réclame tout à fait pertinente qui touchera j’en suis sûr tous les fumeurs passifs atteints de problèmes respiratoires.

Tipalet

« Envoie-lui ta fumée dans la gueule et tu pourras te la faire. » 
(traduction libre)

   

Salle de réunionPratiquement personne n’avait remarqué l’arrivée de Mr Dubrovnik, notre nouvel IT Analyst Business Manager. Il avait donc pris soins d’organiser une petite séance informelle afin d’attirer notre attention sur les changements radicaux (selon ses termes) qu’il allait apporter à notre département, outre le renommage traditionnel du service cela va de soi.

Les néons qui éclairaient la salle de réunion répandaient leur froideur comme la lumière glaciale d’un réfrigérateur, un frisson entama son trajet dans mon échine et arriva au terme de son voyage lorsque Mr Dubrovnik s’imposa.

« - Madame Sauerkraut! » cria-t’il.
« - Mademoiselle! » répondis-je machinalement sous les sourires pervers de mes collègues.

Les présentations étaient maintenant faites, il ne voulait pas se faire marcher dessus, moi non plus. Il se contenta de me dévisager, un sourire au coin de sa bouche.

L’habitude gagna rapidement du terrain, Mr Dubrovnik organisait ses réunions de travail de manière rituelle, parfois même lors de nos pauses repas. Je me rappellerai avec horreur cet horrible dîner où nous nous sommes retrouvés en tête à tête suite à l’absence injustifiée d’un de nos développeurs.

La révélation eu lieu un soir alors que nous participions à une de ces séances post-travail, Mr Dubrovnik nous avait tous gardés quelques heures afin de nous parler de son nouveau concept de brainstormed cynergy production. Tous les participants morts de fatigue étaient déjà partis et je me suis donc retrouvée seule avec notre boss.

« - Je me pose des questions sur nous et j’aimerais qu’on en parle. » me dit-il tristement.

Je ne me souviens plus vraiment de ma réponse, mais elle devait ressembler à quelque chose comme « - Quoi? » .

Il reprit. « - Cela fait maintenant plusieurs mois que nous nous retrouvons après le travail, j’apprécie vraiment ces moments où nous sommes enfin seuls. L’autre jour cependant lors de notre repas en amoureux tu m’as semblée distante, on aurait dit que tu ne pouvais pas faire abstraction de ton travail. J’aimerais beaucoup que nous ne mélangions pas notre vie privée et professionnelle. » 

« - Que… » , mais il ne m’a pas laissé le temps de finir et continua.

« - Je suis désolé ma chérie mais nous ne pouvons pas continuer comme cela, j’aurais tellement voulu rentrer ce soir à la maison avec toi, mais ce n’est maintenant plus possible. Tout est fini entre nous, pardonne-moi! » .

Et c’est sous mon regard sidéré que Mr Dubrovnik quitta la salle de réunion, les larmes aux yeux. Plus personne ne le revit et pour cause, il s’était fait muter au service de comptabilité, pour des raisons personnelles m’avait-on dit.

Quelques semaines plus tard alors que je vaquais dans les couloirs de l’entreprise, je cru reconnaître une voix derrière une porte. Dans la petite salle de réunion du deuxième étage Mr Dubrovnik bafouillait quelques mots à la secrétaire-comptable.

« - Je me pose des questions sur nous et j’aimerais qu’on en parle. » .

   

Chiottes« Je vous offre le double de votre employeur actuel! » m’avait-il dit, avec une offre comme celle-ci je ne pouvais quand même pas refuser la place. En plus j’avais enfin le treizième mois et quelques stock options pour appuyer mon implication dans la bonne marche de l’entreprise. La tête de rat du recruteur des ressources humaines aurait pourtant du me mettre la puce à l’oreille, une boite qui t’offre de telle prestations, y’a forcemment une couille dans le potage. J’ai signé machinalement en bas de page, me disant que j’allais enfin pouvoir changer du régime M-Budget que j’avais à subir depuis trop longtemps.

Le premier mois tout s’est bien passé, je me suis fais un bon pote en la personne de Jacques, le coursier de la boite. Et puis un jour il n’est plus venu travailler, plus de nouvelles. Quand j’ai questionné d’autres collègues il me semblait qu’ils évitaient le sujet avec une certaine peur dans le regard.

Le mois suivant c’est mon chef de service Alphonse qui disparut. Au détour d’un couloir j’ai pu surprendre quelques conversations et saisir quelques bribes de phrases émises un peu trop fort. Je reconnnus quelques mots comme « chiottes » ou « fâché » avant le noir complet de mon évanouissement. On m’avait frappé derrière la tête.

Mes yeux s’ouvrirent sur la cuvette des chiottes, elle me regardait fixement de son unique oeil humide, le regard imbibé de Canard-WC. Je voulu me relever mais j’étais attaché de la tête aux pieds, j’étais ligoté dans les chiottes, la situation avait tout de ridicule. L’odeur de Javel commençait à m’irriter les narines lorsqu’une voix résonna derrière moi.

« - Nous sommes désolés mais si nous ne le nourrissons pas il continuera à nous dévorer tous, un par un! » 

« - Henri? C’est toi? Mais détache-moi, c’est pas drôle bon sang! Mais de qui tu parles? » demandais-je appeuré.

La voix reprit, « - De Saint Aseos! Le dieu qui hante nos latrines depuis que le monde est monde. » .

Le dieu des tarés ouais, dans quel merdier je m’étais encore fourré moi. Bosser dans une boite de malades qui pensent que leurs chiottes sont hantées par un fantôme cannibale, tu m’étonnes qu’ils engagent facile. Il fallait vraiment que je me barre de là, je tentais un redressement en force.

*PLAF*, c’est en gros le seul bruit dont je me souvienne, mon tibia dans les burnes du comptable j’imagine. En tout cas je ne me suis retourné pour jauger l’ensemble qu’une fois en dehors des WC, juste à temps pour voir ledit comptable en train de se faire engloutir par la cuvette en céramique morte de faim.

« - Avec toute cette graisse nous voilà tranquille pour un bon mois. » lâcha la secrétaire.

« - Saint Aseos ne gênera temporairement plus nos grosses commissions. confirma l’informaticien.

« - Amen. » dis-je sans m’en rendre compte.

Une fois cette étrange expérience passée, la vie d’entreprise put reprendre son cours. Les ressources humaines ont engagé quelques stagiaires pour sustenter Aseos, et en ce qui me concerne, depuis ce jour j’utilise un pot de chambre habilement caché sous mon bureau.

L’ennui c’est que ces derniers temps il m’a semblé sentir comme un regard pesant sur mon séant.

   

Miss Univers 2007Cela faisait plusieurs mois que Zurkypotla se préparait pour ce concours de beauté, elle allait sans doute devenir la plus belle femelle de toute la planète, voir de tout le système solaire. Sa mère et ses douzes pères avaient mis en elle tous leurs espoirs, ils avaient passé la matinée à lui vernir les écailles de ses quatre jambes. C’est vous dire un peu le niveau d’implication personnelle.

Tard dans la soirée, la cérémonie allait commencer quand un des organisateurs entra dans la salle, la transpiration perlait sur ses tentacules, il s’ecria :

- Tout est foutu, tu ne seras jamais la plus belle Zurkypotla!

Une race de bobets située sur une planète peu évoluée venait d’élire la plus belle femme de l’univers. Un horrible machin qui n’avait que deux bras et deux jambes, les humains imposaient par cette occasion leurs critères de beauté à tout l’univers. D’un autre côté, quel peuple autre que le leur pouvait être aussi vaniteux.

Pauvre Zurkypotla, tout ce travail pour rien. A moins que tu ne te présentes rapidement à l’élection de Miss Multivers, avant bien sûr que les humains ne s’accaparent ce titre.

   

Le 25 mai 1976, Jacques Chirac décretait :

Vu la loi n° 70-632 du 15 juillet 1970 modifiée relative à une contribution nationale à l’indemnisation des Français dépossédés de biens situés dans un territoire antérieurement placé sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France, notamment son article 34 modifié par l’article 24 de la loi n° 74-1114 du 27 décembre 1974 ;
Vu le décret n° 70-8114 du 11 septembre 1970 relatif à la liquidation et au versements des indemnités prévues par la loi n° 70-632 du 15 juillet 1970, notamment son article 4 modifié par le décret n° 75-207 du 28 mars 1975,

Décrète :
Article 1er -

L’article 4 du décret 11 septembre 1970 susvisé est modifié ainsi qu’il suit :

Ajouter, à l’article 4, un troisième alinéa ainsi conçu :

« Cette convention ne modifiant pas la nature de l’indemnité, la rente n’a pas le caractère d’une ressource pour l’application des dispositions des articles L.630, L.675 et L. 688 du code de la sécurité sociale et des articles 10 et 16 du décret n° 73-938 du 2 octobre 1973″.
Article 2

Le ministre de l’économie et des finances est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal Officiel de la République française.

Pendant ce temps-là à Genève, un malicieux bambin arrivait au monde en hurlant « Debleu tout le monde, là j’en ai pas l’air mais figurez-vous que dans trente-et-un ans j’écrirais des tas de conneries sur un blog! » .

Quel visionnaire!