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Patinboule
Posté par gael Le 23 janvier 2012 @ 17:48 Dans Enfant de la télé,Helvésérie | 6 Commentaires
À force d’éplucher les détails des vieux films d’anticipations on finit par référencer plusieurs points récurrents. Imaginer le futur n’est vraiment pas une sinécure, surtout si l’exercice a eu lieu avant l’explosion des technologies qui ont marqué les deux décennies entourant l’an deux-mille.
Ainsi, les vieux nanars de science-fiction des années septante comportent tous certains détails notables, on peut aisément en dénombrer au moins quatre.
Il y a toujours un mec qui porte encore la moustache, ou qui a une coupe de cheveux immonde.
Les écrans de télévision ont tous des résolutions pourries, avec des coins arrondis dus à ce bon vieux système de tubes cathodiques.
Tout le monde est malade, les rues sont insalubres et mal fréquentées. Il y a toujours une élite qui échappe à cette misère, l’écart entre les classes sociales est énorme.
On retrouve inéluctablement un des trois éléments technologiques suivant : Voiture volante, pistolet laser, vidéophonie (simple ou visioconférence).
Le film dont je vais t’entretenir aujourd’hui n’échappe pas à ces règles, voici donc en exclusivité mondiale le résumé technologique de « Rollerball » .

Le film « Rollerball » est un long-métrage sorti en 1975, c’est une adaptation d’une nouvelle de 1973 intitulée « Rollerball Murder » signée par William Harrison dans le magazine Esquire.
L’histoire se passe en 2018, un sport ultra-violent appelé Rollerball fait fureur, il rappelle clairement les jeux du cirque de la Rome antique. Deux équipes s’affrontent sur une piste circulaire, certains sont en patins à roulettes, d’autres en mobylettes.
Une balle métallique est de temps à autre lâchée, un joueur l’attrape et doit la placer dans un but unique situé en bord de piste. Tous les coups sont permis, bien que certains entrainent des pénalités légères.

Il y a évidemment pleins de morts à chaque partie, du sang partout et des spectateurs obnubilés qui n’ont plus aucune notion de la violence à laquelle ils font face.

Un joueur nommé Jonathan E. (joué par James Caan) se démarque du lot, au grand regret des puissants de ce monde pour qui le jeu doit absolument primer sur l’individu.
Tout cela est retransmis à travers le monde grâce à un arbre de Noël fabriqué avec de vieilles caméras, dont l’une d’entre-elles au bas de l’image semble être tournée de manière à filmer les autres.

Bien à l’abri du peuple on retrouve la loge V.I.P. bondée d’hommes d’affaires, la seule femme présente ne s’intéresse pas du tout à l’évènement et fait même du tricot en ricanant.

La testostérone est un élément principal, les rares femmes de ce film servent littéralement de bibelots échangeables, à la manière des furnitures du film « Soylent Green [1] » . La femme de Jonathan E. a d’ailleurs été cédée à un riche industriel, une pratique qui semble avoir été curieusement acceptée par la gent féminine.
Comme annoncé en début de billet, les écrans des vieux films d’anticipation ont toujours une résolution de merde. La raison est simple, la plupart des scènes étant tournées sans effets spéciaux il fallait alors utiliser du matériel d’époque.

Tout comme dans « Demolition Man [2] » on retrouve un système de vidéoconférence, pas loin de notre réalité actuelle d’ailleurs.

Il y a du plexiglas partout, le héros porte des bottes de cowboy et sa chemise ouverte laisse apparaitre son torse poilu, cet abominable tableau so 70′s est complété par une chainette en or autour du cou.

Le mec qui a imaginé cette scène a quand même cru à un moment ou à un autre que la mode n’allait pas évoluer pendant les quarante-cinq années à venir.
Après avoir reçu quelques menaces en bonnes et dues formes, notre brave Jonathan E. commence des recherches pour en savoir un peu plus sur les grands dirigeants de la planète. Il se rend donc dans une Library où tous les livres semblent avoir été numérisés.
Sur place, des opératrices appuient lentement et avec force sur de gros boutons colorés dont le dessein nous est obscur au premier coup d’œil. Cet appareillage complexe semble toutefois être une centrale téléphonique, on peut en effet apercevoir un cadran circulaire sous la main manucurée.

Plus utilisé de nos jours, ce disque rotatif servait à l’époque à effectuer les numérotations par impulsion, il a été remplacé par le système de tonalités.
L’employée (jouée par Nancy Bleier) utilise un triple ordinateur. En effet, au vu de la taille des écrans il lui en faut sans doute trois pour pouvoir afficher toutes les informations dont elle a besoin.

Elle indique à notre héros et à son pote moustachu (joué par John Beck) que les informations qu’ils cherchent sont classifiées, et qu’ils devraient aller dans une des plus grosse computer bank de la planète, à Genève.
Difficile de prévoir l’explosion d’Internet en 1975, lors de la sortie de ce film les premiers ordinateurs personnels faisaient timidement leur apparition, notre réseau favori s’appelait encore ARPANET et comptait moins d’une trentaine de machines connectées, situées pour la plupart dans des universités. Il était donc normal d’envisager une « banque d’ordinateurs ».
Deux acteurs ont visiblement fait l’effort de venir réellement à Genève pour tourner cette scène, ils marchent malheureusement de dos et l’effroyable qualité de l’image zoomée ne permet pas de voir s’il s’agit des véritables acteurs ou de vulgaires doublures. La première scène montre la prétendue computer bank de Genève.

Le bâtiment en question est en fait le Palais des Nations, érigé entre 1929 et 1936 au nord de la ville. On peut semble-t-il apercevoir l’immeuble de l’OMS au second plan, puis tout au fond la chaine montagneuse du Jura.
La flèche indique l’emplacement de la prise de vue aérienne, le lac Léman se trouve quelques centaines de mètres sur la droite. Tu peux toi aussi chercher l’endroit en tapant « palais des nations genève » dans le logiciel Gougoule Terre ou sur le site de Gougoule Plans.

Au bas de cette vue aérienne on peut apercevoir un bout de la place des Nations, c’est ici que se dresse le monument de la chaise amputée, créée par un artiste genevois elle est le symbole de la lutte contre les mines antipersonnel.

Le triste paradoxe étant que la Suisse exporte allègrement du matériel de guerre à des pays hélas réputés pour leurs conflits armés, tout cela avec la bénédiction de 68% des citoyens helvétiques qui ont refusé d’abolir cette pratique honteuse en novembre 2009 lors de votations populaires.
Bref.
L’intérieur de la computer bank a certainement été tourné dans une centrale électrique, on y voit un nombre incroyable de boutons, d’écrans et de jauges.

Le « libraire » (joué par Ralph Richardson) manipule quelques cartes perforées, ancêtres incontestable de tous nos supports amovibles actuels.

L’auteur ne pouvait bien évidemment pas prévoir leur disparition pourtant inévitable survenue au milieu des années quatre-vingt.
Le libraire tapote ensuite brièvement sur l’énorme clavier et une liste de nombres aléatoires apparait lentement sur l’écran. Leur sens échappe au néophyte mais ils semblent tout à fait logiques pour ce type en blouse blanche. L’informatique doit être incompréhensible pour être admirée.

Cette scène se passe dans une salle circulaire, dont les gros cylindres disposés sur les tables et dans les machines à laver pourraient bien être les précurseurs de nos disques durs actuels.

Rends-toi bien compte, il y en a au moins pour vingt mégas dans toute cette salle!
Sache finalement qu’un remake de ce film est sorti en 2002, l’histoire n’a d’ailleurs absolument rien à voir, seul le nom du sport et celui du héros sont similaires. On notera quand même que les roues des patins sont alignées dans la version de 2002, alors qu’elles sont en double paire dans la version de 1975.

Vivement 2018, que l’on puisse enfin assister à des tournois de Rollerball !
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[1] Soylent Green: http://www.memepasmal.ch/2011/06/20/soja-lentille/
[2] Demolition Man: http://www.memepasmal.ch/2011/12/30/demolition-homme/
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