La Suisse est un pays réputé pour sa propreté, ce qui n’empêche pas de recevoir parfois des déchets dans sa boite aux lettres.


Tu l’auras deviné, le parti helvétique d’extrême-droite part une fois de plus en croisade, le but du jour étant de limiter fortement l’afflux d’immigrés.

Les puissants soutiens financiers de l’UDC lui permettent d’effectuer régulièrement des campagnes de propagande impressionnantes, que ce soit au moyen d’affiches ou de tous-ménages. Leur initiative actuelle veut « stopper l’immigration massive », l’adjectif final n’étant probablement présent que pour des raisons légales.


Tu constateras que les pieds appartiennent visiblement tous à des hommes adultes, six en arrière-plan plus un au premier plan. Sans vouloir trop caricaturer on ne retrouve aucune chaussure féminine, ni une petite pointure qui pourrait suggérer un pied d’enfant.

Sept immigrants, sept hommes adultes, de quoi faire péter toutes les statistiques.

En effet, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique de 2009, 47% des immigrés étaient des femmes, et 17% des enfants. La raison de ne pas les représenter sur l’affiche est facile à comprendre, un enfant inspire la pitié et l’image des femmes est moins attachée au concept de la délinquance que celle des hommes.

Ici on représente le mâle dangereux, celui qui vole et vend de la drogue, pas l’enfant qui fuit son pays avec sa mère. L’affiche joue grossièrement avec notre peur primaire, pour changer.

Alors que si on équilibre les proportions, que l’on enlève le mot « massif » abusif et que l’on change une ponctuation, le résultat est tout autre.


Tu pensais voter correctement pour protéger ton pays des criminels étrangers, mais tu te retrouves subitement dans la peau d’un égoïste qui refuse son aide à des personnes en difficulté.

Tu te découvres une soudaine humanité que la manipulation émotionnelle provoquée par l’affiche originale cherche justement à éviter. C’est un début de prise de conscience, bravo!

Source : Office fédéral de la statistique (OFS) – fichier XLS contenant les chiffres

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Charles Darwin était un hérétique, son célèbre livre « L’Origine des espèces » sorti en 1859 remettait en cause le principe immuable et souverain de la Licorne Rose Invisible pour s’orienter vers la théorie farfelue de l’évolution et de la « sélection naturelle », terme qu’il a d’ailleurs inventé.

Le bouquin est un pavé de cinq-cent pages qui décrit dans le détail un grand nombre de ses observations au cours des années, allant des pigeons aux oiseaux tropicaux, en passant par les lombrics et divers mammifères.

Quelques passages peuvent être retenus.

Ordinairement, les mâles les plus vigoureux, c’est à dire ceux qui sont le plus aptes à occuper leur place dans la nature, laissent un plus grand nombre de descendants. Mais dans bien des cas, la victoire ne dépend pas tant de la vigueur générale de l’individu que de la possession d’armes spéciales qui ne se trouvent que chez le mâle.
Chapitre IV : La sélection naturelle, § Sélection sexuelle


Le fait perdure, les combattants d’aujourd’hui sont toujours majoritairement des mâles à qui l’État distribue gracieusement des armes létales. Le manque de vigueur des troufions serait une simple question de motivation, mais c’est encore une théorie.

Fort heureusement pour l’équilibre de l’humanité il semblerait que cette espèce des plus belliqueuses perde une grande partie de son temps à se battre sur d’énormes surfaces de jeu appelées « pays en guerre », les observations de nombreux zoologistes tendent à confirmer ce comportement absurde.

Les merles de roche de la Guyane, les oiseaux de paradis, et beaucoup d’autres encore, s’assemblent en troupes; les mâles se présentent successivement; ils étalent avec le plus grand soin, avec le plus d’effet possible, leur magnifique plumage; ils prennent les poses les plus extraordinaires devant les femelles, simples spectatrices, qui finissent par choisir le compagnon le plus agréable.
Chapitre IV : La sélection naturelle, § Sélection sexuelle


Aujourd’hui si tu vas au Macumba tu constateras qu’il se passe à peu de choses près le même phénomène, avec parfois une certaine inversion des sexes, ce rituel n’est donc pas le privilège des animaux. On note également chez l’humain la présence occasionnelle de plumes lors de certaines parades gaies, mais en général la Techno et l’alcool facilitent la démarche de sélection amoureuse.

Si tu aimes les théories de Darwin tu peux également aller jeter un oeil à l’analyse pertinente de la concurrence, présentée sous forme de nombreux billets vintages écrits par un ermite informaticien voilà plusieurs siècles. ,    Imprimer Imprimer   
Kalimdor, les Royaumes de l’Est, l’Outreterre ou Norfendre, autant de continents virtuels richement fournis en aventures diverses et variées. Le monde d’Azeroth est un exemple parmi beaucoup d’autres, un monde imaginaire dont les propriétés physiques correspondent au notre (gravité, ciel, terre), avec toutefois quelques améliorations notable (pas besoin de manger ou de faire caca).



Septembre 2006, après un long voyage je débarque sur les terres d’Azeroth tel un touriste en mal de sensations fortes. Raté, tout me semble pareil et aussi chiant que dans le monde réel. Une araignée géante et très agressive me sort brusquement de mes constatations hâtives, elle sera ma première victime, pas la dernière.

Les mondes virtuels sont addictifs, on s’y sent bien et il est de ce fait difficile de les quitter. Les raisons principales en quelques points.

L’exhibitionnisme libre
Tu peux te balader en slibard n’importe où, les gardes ne te diront rien. Dans le monde réel essaie juste de te pavaner torse nu en plein centre-ville, tout le monde te regardera avec mépris, sauf si t’es une femme.



L’intolérance tolérée
Le racisme ne pause aucun problème, il est même encouragé, au même titre que toute autre discrimination physique. Tu peux te poser sur la place centrale de n’importe quelle capitale et traiter les Nains d’erreurs rachitiques de la nature, tu te feras peut-être gueuler dessus mais personne ne pourra légalement te reprocher quoi que ce soit.

Les religions concrètes
Les Dieux ne sont pas d’invisibles chimères sorties de l’imagination d’un hippie décédé des milliers d’années auparavant, ce sont des créatures existantes sous différentes formes physiques, et tu peux même leur foutre sur la gueule avec ton groupe de potes. Buter l’avatar du Mal personnifié c’est quand même plus sympa qu’un simple exorcisme ou tout le monde hurle et vomit du liquide vert.



La pierre de foyer
Imagine la situation : Tu es au bureau, la journée passe lentement, tu t’emmerdes comme un rat mort. Dans ta poche se trouve un petit caillou décoré d’une rune, tu le prends entre tes deux mains et te retrouve instantanément téléporté dans le bar de ton choix. Une merveilleuse invention que cet objet qui te ramène à ton auberge favorite, où que tu te trouves. Tu n’es plus jamais perdu, tu peux aller aussi loin que tu le désires, le retour au bistrot ne prendra alors que le temps d’une courte incantation.

La sexualité décomplexée
Elfes, Paladins, les individus entre deux sexes font partie intégrante de la population. Les plus pervers peuvent créer des Elfes femelles et passer des soirées à les regarder danser dans les clairières de Teldrassil. Un troupeau se rassemble en général assez rapidement autour, les personnages virtuels n’ont pas d’hormones mais les adolescents qui les contrôlent en débordent.



La reconnaissance
La caissière du supermarché te dit à peine bonjour? Le serveur du bar est trop occupé pour prêter attention à toi? Tu peux me croire, au moins quand tu débarques dans une taverne virtuelle l’accueil en vaut la peine. Après une journée passée à changer des cartouches d’imprimantes chez des clients chiants malgré ton doctorat en cybernétique, t’es bien content d’avoir un aubergiste qui te lance un « Salutations noble guerrier, soyez le bienvenu! » quand tu pénètres dans son établissement.

Les moyens de transports
Ta vieille Fiat Punto vient de perdre son pare-choc? L’essence coûte trop cher? Ton assurance auto a décidé d’augmenter sauvagement ses primes? Balance cette caisse moisie et utilise un bon gros dragon comme tout le monde. Tu peux t’en aller vers le soleil couchant au dessus de la banquise, ça te changera des embouteillages permanents du centre-ville.



La violence gratuite
Tu te balades tranquillement sur le dos de ton Raptor de combat en chantonnant le dernier tube de Zugstin Biberzül (un Troll prépubère avec une horrible frange), quand soudainement ta route croise celle d’une charmante Elfe en train de cueillir des pâquerettes. Tu peux lui faire douloureusement passer sa colonne vertébrale par le nez et repartir peinard, c’est aussi ça la beauté des mondes en guerre. Tu as même le droit de t’en vanter auprès des membres de ta guilde, ils te féliciteront.

La mort éphémère
La vie réelle n’a pas de deuxième chance, le moindre écart sur l’autoroute et ton âme se perd dans le grand néant inconnu. Dans les mondes virtuels il te suffit de retrouver ton corps pour t’y réincarner, et tu peux même te faire aider par des anges. C’est presque gratos et complètement illimité, même si tu es une sale Elfe dont la colonne vertébrale vient d’être extraite par un ennemi cruel qui passait par hasard sur son Raptor de combat.



L’argent facile
Gagner de l’argent est très simple, on te demande de buter quelques petites bestioles par-ci par-là de temps en temps. Parfois si tu veux te la raconter devant tes potes avec des récompenses somptueuses tu peux engager un monstre plus conséquent, l’avantage c’est que tu peux y retourner chaque jour car ces cons ressuscitent régulièrement. Ils se font ainsi buter indéfiniment, ne comprenant visiblement pas la technique de survie consistant à se barrer rapidement quand une équipe de malades armés jusqu’aux dents s’approche de leur résidence d’été.

Beaucoup de raisons qui font que de nos jours seuls les besoins physiques nous font quitter ces mondes merveilleux, alors qu’il suffirait de jouer sur la cuvette des chiottes avec des nutriments en intraveineuse pour ne plus avoir à supporter l’austérité du monde réel.
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Un, deux et trois. Le troisième trimestre de grossesse est indéniablement le moment où tu décores enfin la chambre de la Bête, après six mois passés à attendre fébrilement cet instant.

Tu passes tous tes moments libres au rayon premier âge d’Ikea, en essayant de faire sobre avec une simple armoire Førgåvensgül ou l’inimitable lit Gulliver. À ce propos tu auras surement remarqué que dans la majorité des films hollywoodiens, le montage d’un lit de bébé est un calvaire duquel découle des situation humoristiques inspirant une dose non négligeable de pitié pour le pauvre mâle dont la tête se retrouve toujours coincée entre les barreaux. Car oui, le lit de bébé doit être monté par un mâle, un vrai poilu et qui pue, il suit ainsi la règle du barbecue, femelle jamais toucher barbecue, grunt! De ce côté je te rassures toutefois, le montage du lit Gulliver prend une vingtaine de minutes pour un mec bourré et manchot, ce qui arrive souvent après un barbecue.



Les personnes de ton entourage ayant eu des enfants sont plus qu’heureuses de se débarrasser des fringues inutilisées par une marmaille grandissant beaucoup trop vite, il semblerait en effet que la durée moyenne d’utilisation d’un habit de bébé approche la demi-heure. Tu recevras donc probablement un grand nombre de vêtements, entassés dans des cartons de Pampers, te rappelant qu’il faudra également très prochainement passer par l’étape des mains dans le cambouis.

Dans les cours de préparation on te montre comment essuyer les fesses de l’usine à selles, on te dit que malgré tes demandes répétées il ne faut surtout pas utiliser un Kärcher, et qu’à priori la matière fécale est liquide et très odorante pendant les cinquante premières années de vie du nourrisson. Tous les écologistes t’encourageront continuellement à utiliser des couches lavables, insinuant que tu es un parasite pollueur si tu optes pour la solution des Pampers tueurs d’arbres. Si tu choisis la solution des langes réutilisables tu éviteras quand même soigneusement de laver tes chemises blanches avec les rembourrages pleins de merde, et tu rinceras bien.

Il faudra également penser à vider les narines du lutin, figure-toi en effet que ces incompétents en bas âge ne sont même pas capables de se moucher tout seuls, tu devras donc utiliser un aspirateur nasal (également appelé « pompe à morve ») qui n’est rien d’autre qu’une poire ou un bête tube en plastique. Tu places une extrémité du dispositif dans la minuscule fosse nasale du troll, et tu aspires par l’autre. Il semblerait qu’un système empêche la traversée complète des fluides, ce qui ne t’empêchera pas d’imaginer le pire scénario à chaque utilisation.



Tu remarques un détail curieux, tous les vêtements que l’on t’a donné sont souillés au niveau du poitrail, préparant ainsi ton subconscient aux régurgitations régulières et agréablement parfumées aux essences naturelles de bile stomacale. Il semblerait que garder les aliments dans l’estomac ne soit pas aussi naturel qu’il n’y parait, même sans avoir préalablement descendu deux litres d’alcool au Macumba.

Pour un accouchement idéal, le Goa’Uld doit à ce moment s’être retourné, sa tête doit être dirigée vers le bas et son corps coincé dans cette position par le manque de place. Tu peux d’ailleurs toi-même vérifier l’état de l’orientation lors des crises de hoquets du gnome, en sentant les soubresauts de sa tête grâce à ta main délicatement posée sur le mont de Venus de madame. Si les mouvements sont plus amples au niveau du nombril, c’est mauvais signe.

Le troisième trimestre concrétise l’arrivée de la tornade, tu penses à son futur, et plus particulièrement à sa place en crèche. C’est bien beau de faire des enfants, mais pour les nourrir il faut bosser, et pour bosser il ne faut pas avoir d’enfants. Ce principe s’appelle « le paradoxe à la con de la parentalité moderne » , pas certain que le terme soit officiel.

Si la recherche d’un appartement a excité ta libido, alors tu vas prendre un pied monumental avec la recherche d’une place de crèche.

Tu as moins d’une chance sur deux d’obtenir une place, la demande doit être effectuée un siècle avant la conception du bébé et renouvelée tous les six mois. Il n’y a aucun système de priorité, la structure fonctionne aux pots-de-vins ou tirage au hasard de petits papiers dans un chapeau. À cela s’ajoute quelques initiatives pourries de l’Union Des Cons qui veulent ramener la femme dans ses pénates et repousser ainsi toute la charge financière du foyer sur les épaules des hommes. Parce qu’un homme est évidemment solide, il supporte des charges de travail considérables et n’en à rien à carrer de ne voir ses enfants que pour leur souhaiter une bonne nuit.

D’ailleurs les deux jours officiels de congé paternité décrivent bien la situation patriarcale actuelle, si tu essaies de prendre plus (sur tes jours de vacances bien entendu) la hiérarchie tentera de t’en dissuader, insinuant que madame peut très bien se débrouiller toute seule, mettant ainsi de côté toute la partie émotionnelle que le père pourrait ressentir pour son nouveau-né. Un père ramène le pain, il est efficace, pas émotif.

Tu discutes avec ton entourage, tu leur parles du lieu d’accouchement, pour nous normalement une maison de naissance. Depuis des milliers d’années les femmes accouchent de manière dite « naturelle », et tu dois savoir que si ta femme et toi avez choisi ce type de mise au monde alors toutes vos connaissances sans aucune exception tenteront de vous en dissuader, comme si la péridurale et l’injection d’hormones artificielles étaient le seul et unique moyen de ne pas tuer sauvagement ton enfant à sa sortie. Ta femme et toi passerez en conséquence pour des êtres cruels et égoïstes qui ne savent pas profiter des bienfaits de la médecine moderne.

Tu achètes la poussette, le landau, le siège auto, sachant que le bas de gamme te coûte un bras entier. Tu constateras que le système de pliage des poussettes a été breveté par un certain « Lucifer, Maître des Enfers et Président de la Société de Pourrissage de la Vie Terrestre » , que seul un poulpe possède le nombre de membres nécessaires pour plier et déplier cette putain de structure diabolique. Tu vas te pincer méchamment plusieurs fois et te tordre les doigts, ça va te faire très mal.



Le dernier mois est en fin de compte celui des spéculations, où l’on imagine son visage, son caractère, son penchant pour la littérature ou la musique de Justine Bibeurre. On espère qu’il ne sera pas gros, laid, malade, adepte du MCG ou fan de Hip-Hop. Qu’il ne pleurera pas trop et mangera bien ses cinq fruits et légumes par jour. L’attente finale est très longue, un peu comme quand tu commandes une pizza et que le livreur met des plombes pour venir, et qu’en plus il manque les poivrons et la sauce piquante.

Donc tout comme pour les mois précédents, tu attends, encore.
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La vingtaine apporte toujours son lot de bonnes intentions, pour ne pas te sentir insignifiant après la période ingrate de l’adolescence tu cherches à participer à de grands projets qui sauvent si possible le monde. C’est ainsi qu’en ces temps lointains je me suis retrouvé à participer au projet SETI@Home, qui m’amène aujourd’hui à te parler du calcul distribué.



Certaines recherches scientifiques demandent des calculs informatiques phénoménaux, une seule machine ne suffisant pas ces calculs sont répartis entre plusieurs ordinateurs. Les données sont distribuées aux machines, calculées puis renvoyées à l’unité centrale. L’avènement d’Internet a apporté une touche mondiale à cette technologique, rendant accessible le calcul distribué (ou « calcul partagé », ou « calcul réparti ») au commun des mortels programmeurs.
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