Naviguer à contre courant demande une certaine force de caractère, on s’écarte dangereusement du moule social depuis lequel est forgée une majorité de consommateurs. On a ainsi constamment l’air du dernier des demeurés quand on annonce ne pas aimer Apple, les regards ahuris de nos interlocuteurs sont surprenants et on arrive toujours à cette même question fatidique : pourquoi?

Alors qu’au fond, la réponse peut sembler assez logique, je n’aime pas Apple car je n’aime pas être limité.

Je n’aime donc pas l’iPod.

J’ai envie d’envoyer mes mp3 sur mon baladeur sans avoir à installer sur mon ordinateur un logiciel lourd et lent qui me demande en permanence mes informations personnelles, dont mon numéro de carte de crédit. J’ai envie de pouvoir brancher mon baladeur sur une autre machine et extraire les mp3 qui y sont stockés, en fait j’ai juste envie de posséder la musique que j’achète.

Une fois que l’on a acheté des morceaux sur iTunes on s’y retrouve coincé, impossible (ou difficilement possible) d’envoyer sur un baladeur concurrent les fichiers pourtant légalement payés. l’iPod permet d’écouter une musique légalement acquise, mais qui ne nous appartient finalement pas.

Mais je n’aime pas non plus l’iPad.

Tout vieux geek se souvient des premiers Tablet PC présentés entre autre par Bill Gates dès 2001, Apple a attendu 2010 pour sortir son iPad « révolutionnaire ».



L’intégralité des acheteurs d’iPad de mon entourage ont justifié leur acquisition par la même phrase incroyable, « c’est joli », justifiant ainsi l’achat d’un appareil électronique de plusieurs centaines d’euros juste pour son côté esthétique. Les commerciaux d’Apple sont visiblement des Dieux dans leur domaine. Dans la lancée on garde malheureusement cette impression amère que le consommateur moyen serait capable d’acheter un tupperware rempli de matières fécales, juste s’il portait le logo à la pomme.

Et au fond, je n’aime vraiment pas l’iPhone.

Fait marquant, lorsque j’annonce une opération basique indisponible sur l’iPhone et que tout téléphone portable digne de ce nom devrait être en droit d’effectuer on me répond continuellement la même chose, que c’est possible mais qu’il faut jailbreaker son appareil. J’entends donc que pour utiliser pleinement son iPhone il est nécessaire de faire péter toutes les sécurités mises en places par son constructeur. Ainsi, de l’aveu même des utilisateurs, l’appareil sorti d’usine n’est donc rien d’autre qu’une jolie brique.

En tant que développeur professionnel je me suis naturellement orienté vers le marché en pleine expansion des applications pour iPhone, mal m’en a pris. Les restrictions pour publier une application sur l’AppStore sont dignes d’une politique qui me vaudrait une bonne douzaine de points Godwin si je perdais du temps à toutes les citer, sans compter la galère que consiste l’apprentissage du pire langage de programmation jamais créé par un troll des cavernes.

Le problème étant que pour installer une application sur l’iPhone, l’utilisateur basique n’a d’autre choix que de passer par l’AppStore officiel, lieu de vente intégralement placé sous le joug exclusif d’Apple, à la merci de la censure arbitraire et des sautes d’humeurs de ses dirigeants. Citons ainsi l’exemple de ces milliers d’applications pornographiques retirées de l’AppStore, juste parce qu’un puritain de chez Apple avait décidé que le cul n’avait pas sa place sur les milliers d’iPhone du monde entier. C’est bien simple, lorsque l’on tape « apple censure » dans Google on tombe sur un demi-million de résultats.



Le pire, c’est que l’on est arrivé à un stade ou chaque acceptation d’une application un peu particulière dans l’AppStore d’Apple donne lieu à un article de journal, comme s’il s’agissait d’un évènement incroyable.

Alléluia! Dieu s’est assoupi, le tribunal inquisiteur d’Apple a eu un sursaut de faiblesse ou d’étourderie, profitons-en vite avant que les despotes de Cupertino ne se ressaisissent! On célèbre avec allégresse la bonté du dictateur qui a finalement lâché par mégarde un quignon de pain sec à ses sujets morts de faims, on n’est pas loin du syndrome de Stockholm.



Donc voilà, non, je n’aime pas Apple, au contraire de la liberté. , , ,