mai 2007
31
« Je vous offre le double de votre employeur actuel! » m’avait-il dit, avec une offre comme celle-ci je ne pouvais quand même pas refuser la place. En plus j’avais enfin le treizième mois et quelques stock options pour appuyer mon implication dans la bonne marche de l’entreprise. La tête de rat du recruteur des ressources humaines aurait pourtant du me mettre la puce à l’oreille, une boite qui t’offre de telle prestations, y’a forcemment une couille dans le potage. J’ai signé machinalement en bas de page, me disant que j’allais enfin pouvoir changer du régime M-Budget que j’avais à subir depuis trop longtemps.Le premier mois tout s’est bien passé, je me suis fais un bon pote en la personne de Jacques, le coursier de la boite. Et puis un jour il n’est plus venu travailler, plus de nouvelles. Quand j’ai questionné d’autres collègues il me semblait qu’ils évitaient le sujet avec une certaine peur dans le regard.
Le mois suivant c’est mon chef de service Alphonse qui disparut. Au détour d’un couloir j’ai pu surprendre quelques conversations et saisir quelques bribes de phrases émises un peu trop fort. Je reconnnus quelques mots comme « chiottes » ou « fâché » avant le noir complet de mon évanouissement. On m’avait frappé derrière la tête.
Mes yeux s’ouvrirent sur la cuvette des chiottes, elle me regardait fixement de son unique oeil humide, le regard imbibé de Canard-WC. Je voulu me relever mais j’étais attaché de la tête aux pieds, j’étais ligoté dans les chiottes, la situation avait tout de ridicule. L’odeur de Javel commençait à m’irriter les narines lorsqu’une voix résonna derrière moi.
« - Nous sommes désolés mais si nous ne le nourrissons pas il continuera à nous dévorer tous, un par un! »
« - Henri? C’est toi? Mais détache-moi, c’est pas drôle bon sang! Mais de qui tu parles? » demandais-je appeuré.
La voix reprit, « - De Saint Aseos! Le dieu qui hante nos latrines depuis que le monde est monde. » .
Le dieu des tarés ouais, dans quel merdier je m’étais encore fourré moi. Bosser dans une boite de malades qui pensent que leurs chiottes sont hantées par un fantôme cannibale, tu m’étonnes qu’ils engagent facile. Il fallait vraiment que je me barre de là, je tentais un redressement en force.
*PLAF*, c’est en gros le seul bruit dont je me souvienne, mon tibia dans les burnes du comptable j’imagine. En tout cas je ne me suis retourné pour jauger l’ensemble qu’une fois en dehors des WC, juste à temps pour voir ledit comptable en train de se faire engloutir par la cuvette en céramique morte de faim.
« - Avec toute cette graisse nous voilà tranquille pour un bon mois. » lâcha la secrétaire.
« - Saint Aseos ne gênera temporairement plus nos grosses commissions. confirma l’informaticien.
« - Amen. » dis-je sans m’en rendre compte.
Une fois cette étrange expérience passée, la vie d’entreprise put reprendre son cours. Les ressources humaines ont engagé quelques stagiaires pour sustenter Aseos, et en ce qui me concerne, depuis ce jour j’utilise un pot de chambre habilement caché sous mon bureau.
L’ennui c’est que ces derniers temps il m’a semblé sentir comme un regard pesant sur mon séant.


Cela faisait plusieurs mois que Zurkypotla se préparait pour ce concours de beauté, elle allait sans doute devenir la plus belle femelle de toute la planète, voir de tout le système solaire. Sa mère et ses douzes pères avaient mis en elle tous leurs espoirs, ils avaient passé la matinée à lui vernir les écailles de ses quatre jambes. C’est vous dire un peu le niveau d’implication personnelle.
C’est avec un goùt d’amertume dans le fond de la gorge que je dédicace cette journée à tous les non-syndicalisés qui auront eu comme moi le malheur de sortir leur derche du plumard d’aussi bonne heure.

